Souriez, vous êtes fichés !

Facebook_Headquarters_Entrance_Sign_Menlo_ParkFiché, vous l’êtes certainement depuis votre naissance, et peut-être même avant. Mais ça ne s’est pas arrêté là, vous êtes devenu l’heureux possesseur d’une carte d’identité, puis d’une carte bancaire, et même d’une carte de fidélité à la supérette du coin.

Aujourd’hui, à l’aube du XXIe siècle, cet outil génial qu’est Internet a continué de révolutionner notre quotidien. On peut presque tout y faire : rechercher, consulter les prévisions météorologiques, réserver un billet d’avion, faire des achats, payer ses impôts, et même aller déballer sa vie sur les réseaux sociaux.

Je vais donc vous parler du cas Facebook (pour changer), la fameuse plateforme où il est coutume de parler de tout et de rien, un peut trop même.

Aux origines du site

Thefacebook.com a été créé en février 2004 par Mark Zuckerberg alors qu’il était étudiant dans la prestigieuse université d’Harvard. Les inscriptions au site, initialement réservées à ses camarades, ont rapidement été étendues aux autres universités, et le succès fut immédiat. Quelques six années plus tard, des procès, un film, et 500 millions de membres à travers le monde, Facebook est le réseau social numéro un sur Internet.

Comme vous le savez déjà, lorsque l’on s’inscrit sur Facebook, on rempli sa fiche de renseignements : noms et prénoms, lieu de naissance et de résidence, opinions religieux et politiques, qui sont les membres de sa famille s’ils sont eux aussi sur Facebook, sans oublier la belle photo de profil. Ensuite, on invite son entourage plus ou moins proche à devenir son « ami », puis on poste des publications sur son mur, en rajoutant quelques détails, du plus banal au plus croustillant. Ces données, le géant californien précise qu’elles resteront confidentielles et ne seront pas revendues à qui que ce soit. Oui, mais pour combien de temps ? Pour peu qu’on n’ait pas ou mal configuré ses « paramètres de confidentialité », on n’échappe pas aux moteurs de recherche qui peuvent les collecter facilement. La porte est grande ouverte à n’importe qui. Même votre patron.

Contrairement à vous, votre profil est en théorie immortel. Avec un peu de chance, vous serez utilisé comme « cas d’archéologie 2.0 ». En attendant, il est plus probable que vous finissiez en vedette sur Faceploucs que d’être le potentiel Lucy des temps modernes.

Facebook, un mur des lamentations 2.0

À en juger par leurs publications murale, les gens ont un quotidien fort déplaisant. Il est fréquent de voir ses contacts se plaindre à longueur de journée pour un oui ou pour un non. Et pourtant, leurs albums regorgent de souvenirs imbibés de fêtes, de vacances et de voyages qui témoignent d’une vie proche de l’oisiveté. À la longue cela en devient fatiguant. De quoi se plaignent-t-il puisqu’ils ne manquent de rien ? On dit parfois que « c’est toujours ceux qui ont la gueule plaine qui crient famine ». Ce n’est pas faux.

Ensuite, certains ne semblent pas au courant de la législation en vigueur par rapport au droit à l’image. Des photos de vous sont téléchargées  à votre insu sur la plateforme, vous vous en rendez compte (ou pas) avec stupeur quelques heures plus tard en lisant vos notifications. Quel bonheur de montrer au monde entier que vous étiez raide mort la veille. Vous pouvez aussi vous retrouver malgré vous sur Tronchebook alors que vous n’y êtes jamais allé. Les joies de la réputation numérique.

Un autre élément est surprenant : le fait que tout le monde accepte tout le monde comme ami. Quel peut bien en être l’intérêt ? Qui peut bien être intéressé par les conversations publiques tenues entre un contact et une personne dont vous n’avez jamais entendu parler ?

Don’t be evil

À une époque où certains pays désirent contrôler Internet et où l’on invoque Big Brother à toutes les sauces, on ne sait même plus ce qu’il signifie vraiment et on fait moins attention à cela d’ailleurs. Tim Berners-Lee, l’inventeur de la Toile se dit anxieux pour l’avenir de son invention.

J’ai choisi d’évoquer à travers cet article le cas de Facebook, mais il va de soi qu’il est idiot de ne pas être prudent non plus sur Youtube, Twitter, et sur n’importe quel autre site web d’ailleurs.

Pour ma part, je suis présent sur Facebook depuis l’automne 2007. Il y a quelques mois, j’ai décidé de retirer (en vain ?) chacun de mes faits et gestes sur cette plateforme, postes, page laïkées, photographies mises en ligne et informations personnelles, tout en prenant soin de laisser message contenant une adresse mail où me contacter. À l’heure actuelle, des traces doivent sans doute subsister sur les serveurs, car il faudrait seize mois à une photo pour être officieusement effacée. Je vais toujours régulièrement sur Facebook pour avoir des nouvelles de tout ce beau monde, pour continuer à administrer le peu de pages qu’ils ont bien voulu me laisser (difficile d’abandonner quelques milliers de membres actifs), et bien entendu pour garder un contrôle de mon image.

Est-ce que ça vaut vraiment la peine de perdre son temps (au détriment de sa vie privée de surcroît) pour tant de superficialité ?

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