Solar Impulse, le petit oiseau de fer qui volait grâce au Soleil

640px-Solar_Impulse_SI2_pilote_Bertrand_Piccard_Payerne_November_2014À l’heure où j’écris ces lignes, un nouveau cap est en train d’être franchi dans le projet Solar Impulse. En effet, la seconde version de l’avion solaire suisse tente depuis quelques semaines de boucler un tour du monde. L’étape en cours, la plus longue depuis le début de l’aventure, consiste à rejoindre d’une traite la ville de Nankin en Chine à Hawaï, soit une distance à parcourir de près de 9 000 kilomètres.
Fruit de plusieurs années de travail intensif, cette prouesse technique a été initiée en 2003 par deux figures notables, André Borschberg, pilote de chasse, et Bertrand Piccard, psychiatre et aviateur qui n’en est pas à son premier défi, puisqu’il est le premier à avoir effectué un tour du monde à bord d’une montgolfière.

Un défi technique incroyablement audacieux

Solar Impulse, c’est un avion capable de voler de jour comme de nuit avec pour seul carburant l’électricité captée du Soleil. Pour cela, il faut compter sur l’aérodynamique de l’avion, sa légèreté, mais aussi sur ses lourdes batteries pour accumuler l’énergie produite par les milliers de cellules photovoltaïques qu’il emporte.
Avec une envergure de 72 mètres pour une masse de 2,3 tonnes, chaque kilo compte et des concessions ont été indispensables. Ainsi dans sa seconde version, plus ambitieuse, le petit oiseau de fer a été amputé de deux roues et des freins d’hélice. Le cockpit, assez restreint avec son volume de 3,8 mètres cube non pressurisés, obligera André Borschberg à pratiquer le yoga pour encaisser la traversée du pacifique sur cinq jours sans interruption. Seul un pilote automatique lui permettra de s’autoriser quelques courtes plages de récupération dans la journée pour dormir. Car il faut de la vigilance pour mener à bon port un aéronef tributaire des conditions météorologiques, vulnérable aux vents (il se déplace en moyenne à 100 km/h), aux turbulences, au mauvais temps qui l’empêcherait de se recharger, et sensible aux inclinaisons trop prononcées qui pourraient faire perdre le contrôle au commandant de bord. En cas de difficultés critiques, ce dernier peut heureusement s’éjecter avec un parachute et déployer un radeau de survie en attendant les secours.

Une dimension poétique unique

Malgré ces contraintes techniques importantes, je suis séduit par la dimension poétique du Solar Impulse, capable de se mouvoir lentement dans les airs en comptant seulement sur les rayons du Soleil et sans rejeter une seule particule polluante dans l’atmosphère. Ceux qui ont eu l’opportunité de piloter le Solar Impulse II (ou son grand frère) pendant une journée complète s’accordent pour dire que le lever et le coucher du Soleil furent des moments merveilleux.

Solar Impulse est un défi aéronautique précurseur d’une nouvelle ère dans l’aviation moderne, sous le signe de l’électrique. C’est l’espoir qu’incarne également Airbus avec l’E-Fan dont les moteurs sont propulsés par l’énergie stockée dans ses batteries.
Cependant, en dépit de la progression du rendement des cellules photovoltaïques et de la capacité de stockage des batteries, je pense qu’il faut être réaliste : il y a peu de chances de voir un jour un avion de ligne entièrement solaire. D’ailleurs, est-ce bien l’ambition de départ des initiateurs du projet ? Le concept d’avion solaire sera probablement limité aux prochaines générations d’avions de tourisme ainsi qu’aux drones en déplacement perpétuel autour du globe. Actuellement, il faut rappeler que la fabrication et le recyclage des panneaux photovoltaïques comme des batteries est un processus très polluant, ce qui limite le potentiel expansif de l’innovation.
La solution d’avenir pour l’alimentation en énergie réside de toute évidence dans un réacteur à fusion nucléaire miniaturisé, capable de produire de l’énergie propre en abondance et en toute sécurité à partir d’un combustible disponible sur Terre de façon quasi-illimitée. Cette solution responsable est valable également pour les autres moyens de transport comme le train, les porte-conteneurs et même les véhicules spatiaux. Le problème est qu’il faudra encore patienter un bon siècle avant son avènement, à moins d’une révolution technologique inattendue. D’ici là, il sera nécessaire d’économiser autant que possible nos ressources énergétiques.

Quoi qu’il en soit, souhaitons bon vent à André Borschberg et bonne chance à tous ceux qui rendent possible ce rêve fou pour la suite de leur fabuleux périple, que vous pouvez suivre en temps réel depuis le site officiel de l’entreprise.

solarimpulse.com
Image : Milko Vuille
Voir aussi : Dossier : Solar Impulse, l’incroyable avion solaire ; Solar Impulse 2 s’est envolé pour une traversée du Pacifique sans carburant.