Mouvement zéro déchet : vers un monde moins sale ?

9019848870_1b762cd79c_zPlus de 350 kilos, c’est la quantité de déchets que produirait chaque année un français selon l’INSEE. Le reste du monde occidental n’est guère épargné par cette frénésie du gaspillage organisé. Cependant, le manque de repères qui caractérise ce mode de vie matérialiste et insoutenable suscite des prises de consciences et parfois de vives réactions.

En l’occurrence, Béa Johnson, auteur du livre Zero Waste Home: The Ultimate Guide to Simplifying Your Life by Reducing Your Waste, est une française expatriée aux États-Unis depuis l’âge de 18 ans. Pendant plusieurs années, elle a vécue le rêve américain avec Scott, son mari, et ses deux enfants. Le malaise s’installa en elle le jour où elle réalisa que malgré sa maison surdimensionnée et son niveau de vie mirobolant, son existence avait un côté superficiel et insipide qui ne lui convenait plus.
L’évolution de la situation économique de la famille aidant, les Johnson déménagèrent dans un appartement plus modeste et se délestèrent temporairement d’une partie de leurs biens. Le déclic se produisit en constatant que cette sobriété leur libérait du temps pour pratiquer des activités ensemble. De nombreuses réflexions vont en découler sur leur impact sur l’environnement, la consommation à outrance, le temps perdu et l’argent dépensé. Comme l’explique le livre Zéro Déchet, ce cheminement intellectuel les a incité à prendre des mesures drastiques : les 250 litres de poubelles par semaine ont fait place à un bocal de 1 litre seulement pour une année entière, tout en réduisant les dépenses d’environ 40%.

Une méthode drastique de réduction du volume de déchets ménagers

Pour accéder à cet ascétisme qualifié de « libérateur », la famille Johnson a emménagé dans une maison moitié moins grande, s’est séparée du superflu pour se recentrer sur l’essentiel et a banni le plastique au profit de matériaux réutilisables et sains. La nourriture est achetée en vrac et stockée directement dans des bocaux en verre. En outre, leur consommation de viande a diminuée et des substituts écologiques à tous les produits de consommation courante sont également achetés en vrac ou fabriqués le cas échéant. La plupart des biens de leur ancienne vie ont été vendus, de fait, leur maison désencombrée exige moins de temps (et de chimie) pour être nettoyée, ce qui permet de la louer pendant les vacances. Enfin, tout cela aurait été impossible sans le concours actif de chaque membre de la famille et un peu de pédagogie vis-à-vis de leur entourage.

Pour faciliter le tri, Béa Johnson a édictée la règle « des cinq R » qui consiste à refuser ce qui est inutile, réduire ce qui ne nous est pas fondamental, réutiliser les biens qui ne rentrent pas dans le cadre des deux premières catégories, et à défaut, recycler, sinon composter (rot) ce qui reste, c’est-à-dire les déchets organiques.
Sa démarche lui a demandé beaucoup de temps à chercher, expérimenter et adopter des solutions viables. Mais depuis 2008, sa vie a pris un tournant radical qui s’est avéré bénéfique pour la santé de sa famille, sa situation financière, et le temps qui est consacré à vivre des expériences particulières plutôt qu’aux tâches ménagères et aux loisirs consuméristes. Tout son quotidien a été remis en question, sans excepter les fêtes et les sorties familiales. Elle reconnaît être allée quelquefois trop loin dans sa quête du zéro déchet au risque de se marginaliser et d’être contreproductive, c’est pourquoi elle a choisie les compromis dans certains cas, notamment en ce qui concerne le papier toilette.

Une méthode subjective à adapter à chaque réalité

Si Béa Johnson propose de nombreuses possibilités de substitutions très intéressantes dans son ouvrage, c’est avant tout le récit d’une expérience personnelle modérée qu’elle partage sans jamais donner de leçon.
D’ailleurs, elle admet des contradictions avec son idéal, puisqu’elle confie prendre régulièrement l’avion pour rendre visite à sa famille française (ce qui est tout a fait compréhensible) et donner des conférences aux quatre coins du monde. De plus, la promotion de son style de vie est devenu un fonds de commerce à travers des interventions publiques, des entrevues avec des journalistes, la publication de ce livre, mais aussi des liens affiliés avec Amazon pour l’achat de produits qu’elle utilise au quotidien… et qui ne sont évidemment pas livrés sans emballage. Cela dit, c’est pour la bonne cause, et rien n’oblige non plus à acheter.

La méthode emprunte largement au mouvement minimaliste sans pour autant rendre la vie austère. Au contraire, sa philosophie est séduisante : elle suggère de se contenter de l’essentiel (« less is more ») et de s’éloigner des futilités pour mener une vie plus épanouissante ; et surtout attrayante dans sa mise en perspective.
On peut être tenté de dire du concept du zéro déchet qu’il relève du bon sens. Par exemple, on achetait tout en vrac il y a encore quelques décennies. Pourtant, dans les faits ce bon sens a dû se perdre étant donné que nous sommes désormais dos au mur, et c’est pourquoi il va être indispensable dans un futur proche de faire cette transition de gré ou de force. Le plus tôt sera le mieux.
L’adoption d’un comportement plus responsable dans son quotidien implique d’une part de se détacher du regard des autres (aller faire ses courses avec ses propres contenants est un geste précurseur et peu ancré dans les mœurs), et d’autre part de s’engager sur une longue période en modifiant ses habitudes progressivement. C’est un travail sur soi : il ne faut plus avoir peur de sortir de la passivité et oser se remettre en question.

La majorité de la population peut atteindre cet objectif, y compris les moins fortunés dont le rythme du changement dépend de leurs moyens. Le défi principal est de transposer les solutions à son environnement et se discipliner. On peut envisager d’aller plus loin sur certains points (en cultivant ses fruits et légumes, en se lavant directement au lavabo, etc.) et moins loin sur d’autres. Il ne faut pas hésiter à être éclectique et s’approprier les meilleures idées pour en faire « sa propre soupe ». En ce qui concerne l’achat de nourriture, on pourra s’aider de l’application Bulk qui sert à localiser les commerces de produits en vrac dans le monde.

À échelle collective, la politique s’intéresse à son tour à la réduction des déchets, et c’est ainsi que San Francisco pourrait bien gagner son pari en devenant une ville sans déchet d’ici 2020. L’implication des citoyens comme des entreprises est en train de faire ses preuves. En France, c’est Roubaix qui tente de montrer l’exemple si bien que certains habitants volontaires génèrent actuellement dix fois moins de déchets que la moyenne nationale. Quant à la conférence environnementale de Paris en décembre, espérons que cette fois-ci la réunion ne soit pas vaine…
D’autres initiatives comme The Ocean Cleanup élaborent des solutions pour nettoyer la surface des océans (mais toujours pas le fond, hélas), d’autres encore imaginent des moyens de récupérer les débris spatiaux.

À l’instar du petit colibri ou de l’homme qui plantait des arbres, il faut donc faire sa part pour tenter de rendre le monde meilleur. Chaque geste compte, et si malgré votre bonne volonté vous ne savez pas par où commencer, je vous recommande vivement la lecture de Zéro Déchet.

zerowastehome.com
Image : Gabe McIntyre

Johnson, Béa (2013). Zéro déchet. Paris : Éditions des Arènes, 400 p.