Monsieur Mondialisation, objecteur de croissance

Il y a quelques mois de cela, j’ai découvert par hasard Monsieur Mondialisation, un personnage fictif au visage bauté et à la voix déformée. Il est l’auteur d’une quinzaine de documents vidéos où il dépeint le système capitaliste en insistant sur ses limites et sur l’absurdité de la société de consommation. Il se veut apolitique et adogmatique. Le message est clair et vous le connaissez probablement : si nous ne modifions pas radicalement notre mode de vie, nous nous précipitons droit dans le mur et le choc sera douloureux. Après avoir énoncé les problèmes, Monsieur Mondialisation propose généralement des solutions inspirées par les théories de la décroissance.

« Laisse moi emprunter quelques minutes de ton attention pour te transmettre un message… »

 Le travail, pourquoi ? (1/2)

La logique de la société de consommation fait que trop d’individus deviennent insatiables et égocentriques, désireux de se procurer le dernier gadget à la mode en privilégiant leur intérêt personnel plutôt que de considérer les conséquences humaines et environnementales qui en découlent. Monsieur Mondialisation est de ceux qui tentent de leur ouvrir les yeux et de les faire changer. Il ose remettre en question le dogme de la croissance à tous prix, au moment même où nos politiciens s’acharnent à tenter de la relancer. Cela ne nous-mène à rien, car il est démontré qu’à un tel niveau de développement, la croissance ne mène plus au bonheur escompté mais à tendance à lui nuire. Il suffit de prendre le temps d’analyser ce qu’il se passe autour de soi pour que les propos avancés dans ses travaux audiovisuels se vérifient.

Prenons l’exemple du smartphone. Chaque année, des millions d’appareils en état de fonctionnement sont jetés au profit d’un modèle inédit, parce que ce dernier contiendrait soi-disant les dernières fonctionnalités révolutionnaires donc indispensables. L’acquisition se fait parfois au moyen d’un crédit bancaire ou d’heures supplémentaires, car il faut travailler plus pour gagner plusAu même moment à l’autre bout de la planète, on exploite sans vergogne la misère humaine pour tenir les délais de livraison et on puise davantage dans nos réserves en matières premières. Les appareils usagés seront quant à eux envoyés loin de nos yeux dans des décharges où les plus démunis les décortiqueront pour survivre, au détriment de leur propre santé et de celle de notre environnement. Un matraquage publicitaire intensif vantant les mérites de ce produit évincera rapidement la sinistre réalité de notre conscience, que nous préférons de toute manière ignorer puisque ce serait remettre en cause notre mode de vie, et au-delà le paradigme de notre société.

Du « greenwashing » durable

De plus, si des gens souffrent de l’autre côte de la planète pour fabriquer nos chaussures, ou si l’industrie agroalimentaire n’hésite pas à tromper ses clients, nous sommes d’une certaine manière responsables de cette situation, car nous voulons toujours plus pour toujours moins cher. En ce moment, il est question d’obsolescence programmée au Parlement. Loin d’un complot que mijoteraient les industriels, on a affaire la plupart du temps à des produits bas de gamme fabriqués à partir de composants bon marché mais peu durables, et assemblés grâce à une main-d’oeuvre corvéable à merci. Dès lors, on ne peut exiger des produits de qualité si on ne paye pas le juste prix.

Dans Indigné ! Et après ?, Monsieur Mondialisation dresse plusieurs constats et nous propose de nous interroger sur notre rapport à la consommation : consommer me rend-il heureux ? D’où proviennent mes envies ? Acheter me rend-il libre ou esclave ? Accumuler de l’argent est-il le but de mon existence ? Il propose ensuite des solutions alternatives pour faire évoluer notre mode de vie vers un avenir serein, envisageable sous réserve de fournir les efforts nécessaires à la transition. Ce n’est pas insurmontable. Il s’agit de consommer moins, mais mieux : privilégier les produits locaux et de saison, acheter directement chez le producteur et boycotter les grandes surfaces, rejeter le superflu pour se recentrer sur l’essentiel, ou encore de se libérer de l’emprise de la télévision et d’apprendre à penser par soi-même. Le temps est venu de se poser les bonnes questions, de regarder la réalité en face, et d’agir en conséquence en tant qu’individus responsables.

Indigné ! Et après ?

« Devons-nous continuer à croître indéfiniment ou rechercher une stabilité ? »

Enfin, le collectif derrière ce personnage est présent sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook où il publie des documents qui sollicitent l’esprit critique de l’internaute et invitent au débat. Certains de ces documents dénoncent eux aussi les aberrations générées par la société de consommation, d’autres rappellent que le changement est possible et qu’une pléthore de solutions concrètes à notre portée existent. Tout dépend finalement de notre volonté de les saisir, malgré tout le mal qui a été fait. Bon nombre de citoyens ont déjà fait le choix du changement et y travaillent tous les jours : pourquoi pas vous ? Il ne faut céder ni à la résignation, ni au pessimisme, mais se ressaisir : il n’est jamais trop tard pour bien faire. Comme le disait si bien Gandhi, « soyez le changement que vous voulez voir dans le monde ». 

L’idéal de Monsieur Mondialisation serait un monde où tout irait pour le mieux, sans plus aucune cause contre laquelle se battre. Chiche ?

Liens complémentaires : Mrmondialisation.org ; visionner les vidéos ; rejoindre le débat sur Facebook ; s’abonner sur Twitter.
Voir aussi :  Interview : Mr Mondialisation, décroissance 3.0.
Image : (Robin Guinin/Mr Mondialisation)