Les consommateurs, des dindons de la farce qui s’ignorent ?

Après le documentaire consacré au temps de cerveau disponible, en voici un autre tout aussi scandaleux, « consommateurs pris au piège » (2012) réalisé par Emmanuelle Ménage pour le Doc du dimanche (France 5).

Il s’agit d’un passage en revue des stratagèmes employés par les industriels et la grande distribution pour stimuler le consommateur et le pousser à réaliser des achats compulsifs. L’arsenal de manipulation marketing joue notamment de la frustration du client, de l’attractivité artificielle des magasins, ou encore d’un atmosphère sonore et olfactif pour favoriser l’immersion.
Le neuromarketing a également le vent en poupe, puisqu’il sonde l’esprit irrationnel des consommateurs pour les cibler personnellement. C’est ainsi que l’on fabrique des chips dont les ingrédients et le croustillant sont savamment étudiés pour susciter l’addiction.
L’écoblanchiment (greenwashing) n’est pas oublié non plus, puisque le documentaire présente une marque vestimentaire qui se veut au premier abord écologiquement responsable, mais qui transporte malgré tout sa marchandise sur des milliers de kilomètres pour la faire réparer ou recycler. Pourtant, sa situation économique florissante ne semblait pas faire obstacle à l’ouverture d’ateliers de réparation locaux.

Consommateurs pris au piège est intéressant dans la mesure où il peut favoriser chez l’individu lambda une prise de conscience de la manipulation dont il fait l’objet. Ce peut être un bon point de départ pour être plus vigilant aux prochaines courses, pour se poser des questions sur ses envies irrépressibles, et pourquoi pas, pour s’informer sur les solutions alternatives.
Cependant, il est tout à fait regrettable que le documentaire n’ose pas aller trop loin dans son enquête en omettant un élément essentiel : à quoi tout cela sert ? Une véritable réflexion de fond sur le dogme de la croissance aurait été plus constructive.