Le dimanche est un jour sacré

Pier.Ces dernières années, on évoque ici ou là la possibilité de la généralisation du travail le dimanche. Certes, l’heure est encore à la résistance. Mais pour combien de temps ? Si au commencement le salarié est payé double, il y a fort à parier que, sous prétexte de « se serrer la ceinture », « c’est la crise », nos chers politiciens s’attaquent progressivement mais irrévocablement à ces droits jusqu’à en faire un jour comme les autres. Et à force de concessions, ça finira par entrer dans les mœurs et nous l’aurons accepté sans broncher. Et tout ça pour quoi ? Pour qui ? Non, l’époque n’est guère aux acquis sociaux (hormis en ce qui concerne le mariage, bien entendu), alors refusons le retour en arrière.

« Travailler plus pour gagner plus » (Nicolas Sarkozy, campagne présidentielle de 2007)

Le dimanche est un jour de repos. C’est une journée qui casse la routine des jours précédents, parfois éprouvants physiquement et moralement. C’est une journée où d’aucuns peuvent s’adonner au sport, se promener, jardiner, se cultiver, se consacrer pleinement aux leurs, se délecter autour d’un bon repas avec la famille ou les amis, ou bien ne rien faire du tout. C’est prendre le temps de vivre, tout simplement.

Si l’on enlève leur repos dominical aux français, que va-t-il leur rester ? En dehors de leur savoir-faire, ces derniers sont réputés pour être très productifs dans leur travail. Pourtant, malgré des bénéfices record et des actionnaires jamais aussi bien gavés, les patrons se permettent de licencier pour accroître encore et toujours le profit. Et maintenant, pour leur bon plaisir, il faudrait se mettre à travailler le dimanche ? Ah, « c’est pour répondre à une demande des consommateurs » ? Par observation, je sais que ces inconscients appartiennent à une minorité. Alors dans l’intérêt général, ne répondons pas à leur revendication. Il suffit de se débrouiller pour faire ses emplettes dans la semaine. C’est comme cela que ça a toujours fonctionné, et grâce à Internet, il est beaucoup plus simple qu’avant de s’organiser.

Évidemment, certains secteurs ne peuvent pas échapper à des aménagements : le monde du spectacle, la restauration traditionnelle, les petits commerces, la santé, l’ordre public et éventuellement l’information. Il est donc justifié qu’ils dérogent à la règle. En outre, je comprends qu’un certain nombre d’étudiants aient besoin de travailler pour financer leurs études. Mais il faut garder à l’idée que leur précarité n’est que temporaire, et que s’ils souhaitent travailler dans d’autres secteurs que ceux évoqués précédemment, c’est tout la société qui en subirait les conséquences, et eux-mêmes plus tard. Il convient de s’organiser pour éviter cela autant que faire se peut.

« Work hard, play hard ! »

Il fut un temps où l’on envisageait le progrès technologique comme libérateur : il était censé nous faire gagner du temps afin de travailler moins. Et pourtant, aujourd’hui il faudrait « travailler plus pour gagner plus ». Et consommer plus pour être un homme heureux. Or, on sait que le bonheur apporté par le développement a atteint son paroxysme depuis longtemps, et connait désormais un net recul. Il est vain de s’acharner à relancer la croissance, car cela nous cause plus de tort qu’autre chose. Le capitalisme touche probablement à sa fin, par conséquent il est temps de changer de paradigme à travers une transition en douceur.

Dans le cas où la dispersion des jours de repos dans la semaine se produisait, quelles seront les prochaines étapes ? Le travail la nuit ? Moins de semaines de congés payés ? L’allongement de la durée du travail ? Ne nous laissons pas imposer ces déchéances qui favorisent la déshumanisation de notre quotidien. Cela ne peut que dégénérer et nous avons tout à perdre.

Donc, le travail pour tous le dimanche, c’est sans moi (et sans vous ?).

Images : wlppr.com.