Le coffre-fort de l’apocalypse

3854696881_72aabed07d_zPeut-être que ce projet d’envergure vous dit quelque chose ? Pour sauvegarder le patrimoine végétal de la planète, la Norvège a pris l’initiative de réunir des graines de chaque variété dans un bunker hermétique. Ainsi, ce sont plus de 1,5 milliard de graines (soit quatre millions et demi d’espèces différentes réparties sur 1500m²) qui doivent être entreposées dans ce que l’on appelle « le coffre-fort de l’apocalypse ».

Svalbard Global Seed Vault, cette chambre forte ouverte il y a maintenant trois ans se situe aux confins de la Norvège, sur une île de l’archipel du Svalbard. A l’initiative du gouvernement norvégien qui aura dépensé 5,5 millions d’euros pour sa construction, elle est censée résister aux pires catastrophes envisageables, à l’abri de la montée des eaux et des bombes nucléaires. L’idée est d’anticiper une catastrophe épouvantable sur Terre si elle venait à se produire, et de contrer les pertes subies dans les autres banques aux quatre coins du monde pour préserver notre biodiversité. Le bâtiment, alimenté en énergie grâce au charbon, est maintenu en permanence à des températures qui oscillent entre -20 et -30°C. Au cas où le système de refroidissement serait défaillant, la chambre forte a été creusée profondément de telle sorte que le milieu naturel composé essentiellement de pergélisol (sous-sol gelé en permanence), pourrait compenser.

Mais cela n’est pas sans susciter quelques questions : les graines seront-elles garanties sans organismes génétiquement modifiés ? Seront-elles capables de résister des centaines d’années ? Pourront-elles supporter les différences climatiques éventuelles entre aujourd’hui et le moment de leur utilisation ? Seront-elles toujours aussi vigoureuses à leur dégel ?

La Global Crop Diversity Trust, organisation créée en 2006 par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture et Bioversity International, a été désignée pour collecter les semences et maintenir le dépôt. Si une espèce venait à disparaître, alors les organisations qui l’on déposée pourraient la récupérer, car ils en demeurent les propriétaires.

« Si vous contrôlez le pétrole, vous contrôlez le pays, mais si vous contrôlez les semences, vous contrôlez l’alimentation. Et celui qui contrôle l’alimentation tient la population en son pouvoir. » (Henry Kissinger)

En soit, si l’initiative semble louable, elle est pourtant controversée, notamment dans cet article paru dans le magazine La Planète laboratoire « En Arctique, le bunker à semences du Grand Cataclysme ou pourquoi Bill Gates, Rockefeller et les géants des OGM savent quelque chose de plus que nous » (p.11). On est donc tout à fait en droit de s’interroger sur les véritable motivations du projet et de ses investisseurs. Je vous invite vivement à le lire et à en débattre.

Cet article est basé sur un débat commencé sur Facebook à la fin de l’été dernier.
Voir aussi :
Semencespaysannes.org ; La Planète Laboratoire ; Les Echos ; Blueman.
Image : Global Crop Diversity Trust