La ferme de Penprat

J’ai découvert il y a quelques semaines ce reportage surréaliste en visitant le blog d’Eric de la Chesnais, et j’ai voulu à mon tour vous le faire partager. Pendant six minutes, il nous emmène en voyage dans une autre époque à la rencontre d’un personnage atypique, Jean-Bernard Huon à Riec-sur-Belon (Finistère). Ce paysan retraité vit en autarcie dans la ferme familiale, la ferme de Penprat, en utilisant les méthodes agricoles du passé.

« Pour labourer un hectare avec deux paires de bœufs, il faut presque trois jours et parcourir cinquante kilomètres »

Sa ferme n’a jamais vue l’ombre d’un tracteur. Elle a de quoi en surprendre plus d’un avec ses bêtes qui coulent des jours paisibles en liberté (« Je trouve que nos animaux sont plus heureux avec nous »), et les bœufs qui « labourent » à peine ses parcelles dépourvues de produits agrochimiques. Il faut reconnaître qu’il est difficile d’être plus écologique, même avec les meilleures solutions de l’agriculture actuelle. Quant à sa maison, elle repose sous un toit de chaume, et le sol de la pièce à vivre est encore fait de terre battue. Derrière le côté poétique que peut dégager cet endroit, il y a surtout la volonté pour le maître des lieux « de ne pas suivre le troupeau, jusqu’au bout« , et l’envie de faire perdurer les traditions.

Bref, à tout point de vue, Jean-Bernard Huon n’a pas cédé aux sirènes de la modernisation. S’il a été obligé un jour d’avoir le téléphone, l’unique moyen pour lui de s’informer de l’actualité reste le poste de radio qu’il met en route chaque matin en prenant son petit-déjeuner. Il ne se rend dans le bourg que deux fois dans l’année, et admet avoir été isolé à un moment donné, mais relativise : il a sûrement été « la brebis galeuse » du troupeau, mais a avant tout été « une brebis galeuse heureuse ». Et il ne regrette rien, affirmant être  » l’homme le plus heureux du monde » et nous n’avons pas de peine à le croire.

« La vie n’est pas une course, j’ai tout mon temps »

C’est ainsi que cet homme à contre-courant suscite la curiosité, en témoignant régulièrement dans les journaux et également dans un documentaire intitulé Les sillons de la liberté – Dernier paysan breton (2010) de René Duranton, qui l’a filmé dans son quotidien pendant quatre saisons. Naturellement, lorsqu’on a déjà entendu parler de Paul Bedel, on note des points communs dans leur vision du monde, leur façon de penser ou leur bonheur de vivre, mais on se rend bien compte que leur chemin a bifurqué à un moment donné.

Personnellement je ne soupçonnais pas l’existence de gens comme lui en France, je pensais qu’ils avaient disparu au siècle dernier dès l’avènement de la mécanisation agricole, ou qu’ils n’étaient plus de ce monde. Raté, des irréductibles résistent encore et toujours. Je ne sais pas vraiment quoi penser de ce mode de vie, je crois que l’essentiel c’est d’être heureux, ce que Paul Bedel comme Jean-Bernard Huon ont compris depuis longtemps. Quoi qu’il en soit, les générations futures d’agriculteurs qui travailleront sur ses terres pourront lui dire merci, car elles vont être formidablement bien préservées et entièrement opérationnelles.

Quelles sont vos impressions après avoir vu ce reportage ?

« 6 minutes avec un paysan breton. À l’ancienne »

Image : letelegramme.info ; photo-bretagne.fr