J’ai testé le match d’improvisation théâtrale

Au cours d’un match d’improvisation (lni.ca)

Il y a quelques mois*, j’ai assisté pour la première fois à un match d’improvisation théâtrale (ou match d’impro pour les initiés) et j’ai passé une très bonne soirée. C’est une ambiance particulière, chaleureuse et bon enfant, mais complètement unique et désopilante. Le théâtre d’improvisation a été créé en 1977 au Québec par Robert Gravel, mais près de quarante ans plus tard, c’est une forme de spectacle populaire qui rencontre du succès mais demeure peu connue. Mais en fait, le match d’improvisation, quèsaco ? Voilà qui mérite bien un petit billet !

Le principe est très simple. Les performances se déroulent dans une salle obscure, au cours d’une soirée animée par un présentateur. Dans une première période de quarante-cinq minutes, deux équipes composées paritairement de 3 jouteurs et 3 jouteuses (ainsi que de leur coach) s’affrontent verbalement autour d’un thème abstrait à l’intérieur d’une petite patinoire de hockey. Une fois le thème révélé, les comédiens de chaque équipe disposent de quelques instants pour se concerter avant le lancement d’un compte à rebours (de trente secondes à huit minutes). Chaque jouteur dispose d’une très grande marge de liberté dans l’improvisation (personnages, décors…), les seules limites se situent dans la rapidité, l’inspiration et l’imagination. Il faut évoluer en fonction de ce que dit l’adversaire. En général, il est peu fréquent que cet assemblage impromptu dérive vers le grand n’importe quoi. J’entends par là que certes, l’histoire a toutes les chances d’être fantaisiste, mais l’ensemble reste cohérent. Pour susciter l’engouement du public, chaque équipe devra faire preuve de plus de répartie que l’autre.

Bien entendu, tout cela est soigneusement régulé par l’arbitre. L’arbitre, caché derrière un regard impassible, est LE méchant de la soirée. Ses commentaires personnels sont parfois plus drôles que la joute elle-même. Il est de rigueur que le public le hue pour contester ses décisions, ou lui envoie quelques paires de chaussettes (fournies) dans la tronche, au choix. C’est de lui qu’émane tous les thèmes absurdes imposés aux équipes, et c’est lui aussi qui veille au respect des règles. À la fin d’un temps imparti, le public sort un carton pour désigner l’équipe qui l’aura le plus amusé, et c’est l’arbitre qui fera le décompte et attribuera les points. Un récapitulatif de l’avancement (c’est-à-dire le thème en cours, le compte à rebours, le temps total et les points accumulés) est géré par un logiciel fait maison et affiché avec un vidéoprojecteur. À la fin de la première période, il y a une mi-temps.

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Au cours de la seconde période de quarante cinq minutes également, on modifie un peu la configuration des équipes : elles peuvent être mélangées, les comédiens mis en binôme, ou à improviser seuls un monologue sur un thème (c’est la fusillade). De même, une équipe peut se transformer en décor, et l’autre se l’approprier un instant, et vice-versa. Le public peut éventuellement être sollicité par les jouteurs tout au long de la soirée, et est invité à l’occasion de la fusillade à proposer un mot à l’arbitre. Si ce dernier le trouve suffisamment à son goût, le jouteur appelé devra se produire sur scène immédiatement en improvisant à partir de ce mot-clé.

Évidemment, l’improvisation théâtrale est une discipline qui demande un certain entraînement au préalable. L’air de rien, les acteurs vont épouser plusieurs casquettes pendant leur prestation : il faut savoir jouer la comédie, se mettre en scène mais aussi créer ensemble un récit, ce qui demande du travail de préparation. Le tout donne un résultat inattendu, à la fois étonnant et détonnant. Avec du recul, on se rend compte que personne n’est vraiment passif dans ces soirées et que tout le monde peut s’amuser. Personne non plus ne se prend au sérieux. Je pense que ce sont des spectacles qui gagneraient à être mieux connus. Et puisque un exemple vaut mieux qu’un long discours, si vous avez un jour l’occasion d’assister à un match d’improvisation, n’hésitez pas à aller le voir en famille ou avec des amis, parce que c’est franchement excellent. Il faut le vivre pour le comprendre.

Merci aux Impropotames Juniors et aux TICS pour ce super moment.

Informations complémentaires
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Rumilly, décembre 2011.