Well done SpaceX !

23271687254_29eb69c8fa_kll y a à peine une demi-heure (2h29 du matin en France), une fusée Falcon 9 v1.1 de SpaceX a quitté le sol pour la première fois depuis l’incident de juin dernier. En mission pour Orbcomm, la tension était à son comble cette nuit à Cap Canaveral, alors que le lancement a encore eu lieu avec quelques jours de retard sur le planning initial.

C’est un moment que j’attendais depuis des mois, et que je n’ai évidemment pas manqué malgré son heure tardive. Et quel moment ! Quelle émotion ! Non seulement le lancement s’est produit sans problème apparent puisque les six satellites sont déployés, mais surtout, l’objectif secondaire est rempli puisque le premier étage est parvenu à atterrir sur la terre ferme, à son point de départ.

C’est donc un moment historique pour SpaceX (qui était attendu au tournant), pour ses concurrents, ses supporteurs, et pour les ambitions spatiales américaines. À présent, l’honneur est sauf, et techniquement, tout redevient possible…

Congratulations SpaceX ! You’ve (really) made history !

Image : Atterissage du premier étage (SpaceX).
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Solar Impulse, le petit oiseau de fer qui volait grâce au Soleil

640px-Solar_Impulse_SI2_pilote_Bertrand_Piccard_Payerne_November_2014À l’heure où j’écris ces lignes, un nouveau cap est en train d’être franchi dans le projet Solar Impulse. En effet, la seconde version de l’avion solaire suisse tente depuis quelques semaines de boucler un tour du monde. L’étape en cours, la plus longue depuis le début de l’aventure, consiste à rejoindre d’une traite la ville de Nankin en Chine à Hawaï, soit une distance à parcourir de près de 9 000 kilomètres.
Fruit de plusieurs années de travail intensif, cette prouesse technique a été initiée en 2003 par deux figures notables, André Borschberg, pilote de chasse, et Bertrand Piccard, psychiatre et aviateur qui n’en est pas à son premier défi, puisqu’il est le premier à avoir effectué un tour du monde à bord d’une montgolfière.

Un défi technique incroyablement audacieux

Solar Impulse, c’est un avion capable de voler de jour comme de nuit avec pour seul carburant l’électricité captée du Soleil. Pour cela, il faut compter sur l’aérodynamique de l’avion, sa légèreté, mais aussi sur ses lourdes batteries pour accumuler l’énergie produite par les milliers de cellules photovoltaïques qu’il emporte.
Avec une envergure de 72 mètres pour une masse de 2,3 tonnes, chaque kilo compte et des concessions ont été indispensables. Ainsi dans sa seconde version, plus ambitieuse, le petit oiseau de fer a été amputé de deux roues et des freins d’hélice. Le cockpit, assez restreint avec son volume de 3,8 mètres cube non pressurisés, obligera André Borschberg à pratiquer le yoga pour encaisser la traversée du pacifique sur cinq jours sans interruption. Seul un pilote automatique lui permettra de s’autoriser quelques courtes plages de récupération dans la journée pour dormir. Car il faut de la vigilance pour mener à bon port un aéronef tributaire des conditions météorologiques, vulnérable aux vents (il se déplace en moyenne à 100 km/h), aux turbulences, au mauvais temps qui l’empêcherait de se recharger, et sensible aux inclinaisons trop prononcées qui pourraient faire perdre le contrôle au commandant de bord. En cas de difficultés critiques, ce dernier peut heureusement s’éjecter avec un parachute et déployer un radeau de survie en attendant les secours.

Une dimension poétique unique

Malgré ces contraintes techniques importantes, je suis séduit par la dimension poétique du Solar Impulse, capable de se mouvoir lentement dans les airs en comptant seulement sur les rayons du Soleil et sans rejeter une seule particule polluante dans l’atmosphère. Ceux qui ont eu l’opportunité de piloter le Solar Impulse II (ou son grand frère) pendant une journée complète s’accordent pour dire que le lever et le coucher du Soleil furent des moments merveilleux.

Solar Impulse est un défi aéronautique précurseur d’une nouvelle ère dans l’aviation moderne, sous le signe de l’électrique. C’est l’espoir qu’incarne également Airbus avec l’E-Fan dont les moteurs sont propulsés par l’énergie stockée dans ses batteries.
Cependant, en dépit de la progression du rendement des cellules photovoltaïques et de la capacité de stockage des batteries, je pense qu’il faut être réaliste : il y a peu de chances de voir un jour un avion de ligne entièrement solaire. D’ailleurs, est-ce bien l’ambition de départ des initiateurs du projet ? Le concept d’avion solaire sera probablement limité aux prochaines générations d’avions de tourisme ainsi qu’aux drones en déplacement perpétuel autour du globe. Actuellement, il faut rappeler que la fabrication et le recyclage des panneaux photovoltaïques comme des batteries est un processus très polluant, ce qui limite le potentiel expansif de l’innovation.
La solution d’avenir pour l’alimentation en énergie réside de toute évidence dans un réacteur à fusion nucléaire miniaturisé, capable de produire de l’énergie propre en abondance et en toute sécurité à partir d’un combustible disponible sur Terre de façon quasi-illimitée. Cette solution responsable est valable également pour les autres moyens de transport comme le train, les porte-conteneurs et même les véhicules spatiaux. Le problème est qu’il faudra encore patienter un bon siècle avant son avènement, à moins d’une révolution technologique inattendue. D’ici là, il sera nécessaire d’économiser autant que possible nos ressources énergétiques.

Quoi qu’il en soit, souhaitons bon vent à André Borschberg et bonne chance à tous ceux qui rendent possible ce rêve fou pour la suite de leur fabuleux périple, que vous pouvez suivre en temps réel depuis le site officiel de l’entreprise.

solarimpulse.com
Image : Milko Vuille
Voir aussi : Dossier : Solar Impulse, l’incroyable avion solaire ; Solar Impulse 2 s’est envolé pour une traversée du Pacifique sans carburant.

Comment faire accepter la voiture autonome ?

La Jamais contenteL’actualité technologique de ces dernières années témoigne des progrès considérables de la voiture vers l’autonomie. Désormais, un certain nombre d’entreprises peuvent se vanter d’avoir franchi des étapes clefs dans la mise au point de cette innovation qui affranchirait l’homme de son pouvoir de contrôle du véhicule.

Ces faits appellent de nombreuses questions auxquelles il faudra impérativement apporter des réponses dans les prochaines décennies.
Les problèmes juridiques notamment : en cas d’accident impliquant le véhicule autonome, qui engagera sa responsabilité ? Quelle sera la position des organismes d’assurance ? Pourra-t-on se servir du véhicule sans le permis de conduire ?
Il y aura également des obstacles techniques à surmonter : l’ordinateur tel qu’il existe est dépourvu du moindre instinct. De fait, comment réagira-t-il dans des situations exceptionnelles où seul l’homme peut trouver immédiatement la solution pour préserver sa vie ? Quel sera le cas échéant son choix entre la vie de ses passagers et celle des piétons ? Les véhicules sont-ils vraiment à l’abri d’un piratage de grande envergure ?
Évidemment, on ne pourra pas non plus passer à côté des problématiques philosophiques (peut-on dire du pouvoir de contrôle dévolu à la machine qu’il aliène l’homme ? L’abolition d’une liberté individuelle au nom d’un intérêt général est-elle acceptable ?) et psychologiques (peut-on avoir autant confiance dans les aptitudes d’une machine que dans celles d’un humain ?), ni rejeter tous les autres arguments susceptibles d’alimenter des polémiques.

« (…) When self-driving cars become safer than human-driven cars, the public may outlaw the latter. Hopefully not » (Elon Musk, 17 mars 2015)

Il y a trois semaines, Elon Musk, l’un des pionniers en matière de recherche pour les véhicules autonomes avec Tesla Motors, a estimé que la maturité des véhicules autonomes entraînera l’interdiction de la conduite manuelle (trop dangereuse), tout en précisant qu’il était défavorable à cette restriction.
Avec de telles interrogations, il semble évident que cette technologie va faire l’objet de vives résistances, d’où une question centrale : comment faire accepter la voiture autonome ? Cette barrière pourrait être surmontée en conciliant le triptyque sécurité, temps et argent.

Tendre davantage vers l’idéal du zéro accident

L’un des arguments-massues en faveur de la voiture autonome c’est la sécurité qu’elle offre.
En effet, l’ordinateur analyse en permanence les évènements qui se produisent autour du véhicule et adapte en conséquence son comportement avec un temps de réaction imbattable. La capacité d’anticipation de la machine lui confère plusieurs coups d’avance : si un impact devait se produire avec un piéton, des animaux ou d’autres véhicules, la faute serait de toute évidence soit volontaire, soit à mettre sur le compte de la fatalité. C’est sans doute ce que l’on conclurait à la lumière des boîtes noires du véhicule.

D’un point de vue pratique, les personnes âgées retrouveront enfin leur autonomie sans gêner la circulation, tout comme les individus éméchés qui rentreront chez eux après une soirée trop arrosée et les autres qui ne disposent pas du permis de conduire ou qui sont sous l’emprise de médicaments.
Lors d’un voyage à l’étranger, les passagers profiteront sans anxiété et à loisir du paysage au lieu de se frayer un chemin dans une configuration inhabituelle (conduite à droite par exemple) avec une langue qui empêche de déchiffrer rapidement les panneaux routiers.
D’autre part, les courses poursuites en voiture deviendront de l’histoire ancienne étant donné que les forces de l’ordre auront le pouvoir d’intercepter à distance un véhicule en fuite.

Je ne suis pas sûr que l’argument du « plaisir de conduire » résiste longtemps face à celui de la sécurité routière, qui ne se privera pas de politiser chaque accident mortel. Cependant ce raisonnement sécuritaire est à double tranchant, c’est pourquoi on peut l’invoquer pour exiger des contreparties : par exemple, la vitesse.
Effectivement, si la voiture autonome est en mesure de s’autoréguler et de se familiariser plus aisément que l’homme aux différentes situations auxquelles elle est confrontée, alors cela signifie que les radars routiers seront obsolètes.
De plus, étant donné que ce véhicule sera a priori électrique et dépourvu de poste de conduite, sa mécanique sera simplifiée à l’extrême. Les derniers modèles de Tesla Motors offrent un aperçu significatif à ce sujet. Cela signifie d’une part que l’usure des pièces et l’entretien nécessaire sera largement atténué, et d’autre part que l’ensemble des organes vitaux seront contrôlés en permanence par l’ordinateur de bord qui préviendra les avaries susceptibles de mettre en péril la sécurité des passagers et des autres usagers.
Tout bien considéré, qu’est-ce qui empêche de relever la vitesse légale sur les autoroutes (par exemple, au moins à 200 km/h) et sur certaines portions de voies rapides et de routes nationales ? Où est le problème si ces véhicules sont réellement un gage de sécurité ? Si le législateur impose  » la voiture autonome pour tous » avec une telle contrepartie, il pourrait bien y avoir moins de monde dans le camps des opposants farouches.

Cette opportunité de trajets à grande vitesse à bord d’une voiture autonome renvoie à celle du gain de temps.

S’émanciper de l’obligation de conduire pour ne plus perdre de temps

Nous vivons dans une société terrifiée à l’idée de perdre inutilement du temps. Optimiser son emploi du temps est une obsession quotidienne et tous les moyens semblent bon pour parvenir à cette fin. Or, combien de temps passons-nous chaque année dans les transports à naviguer entre le travail et la maison, avec en prime cette attente insupportable dans les bouchons ? La réponse moyenne se chiffre en dizaines d’heures.
C’est une statistique aberrante qui pourrait bien devenir scandaleuse lorsque la voiture autonome se concertera avec ses semblables pour éviter de former des embouteillages, ou bien permettra de se reposer, se divertir ou travailler de manière générale dans l’habitacle (et plus si affinités…).
Cet habitacle à la fois silencieux, stable et opacifiable sera un moyen d’appréhender les longs trajets nocturnes. Ses passagers endormis n’empêchera pas la voiture d’aller se recharger en un trait de temps dans une station-service avec l’induction, puis de régler la note avec la technologie de paiement sans contact. À leur réveil, les passagers seront arrivés à destination, reposés.

Ce gain de temps peut être une manière d’optimiser l’utilisation du véhicule et de faire gagner un peu d’argent.

Optimiser l’utilisation du véhicule pour gagner de l’argent

Il est inconcevable d’évoquer la voiture individuelle sans parler d’argent car ce mode de fonctionnement a un coût. S’il devient un jour impossible de conduire sa propre voiture, alors comment feront ceux qui n’ont pas les moyens de changer de véhicule ? L’État peut très bien débloquer une aide à la transition financée grâce à la cagnotte des radars automatiques. Et puisque le marché pourrait être porteur, les constructeurs pourraient proposer un kit d’autonomisation des véhicules (comme Google l’a fait avec la Toyota Prius) installé et certifié par les autorités agréées.

À l’instar de la robotisation qui a éloigné les ouvriers des usines, la voiture autonome expulsera les chauffeurs de taxi de la circulation routière.
En lieu et place, se tiendra un réseau décentralisé de véhicules autonomes capable de fournir des services similaires. Actuellement, une fois qu’une voiture a emmené à destination ses utilisateurs, que fait-elle ? Elle ne fait rien d’autre qu’attendre sur une place de parking. C’est un potentiel énorme qui est jusqu’ici inexploité.
La voiture autonome se rendra donc utile pendant ces temps morts en offrant ses services sur le réseau décentralisé. Connectée à l’emploi du temps de ses propriétaires, elle s’organisera le reste de la journée pour transporter à la demande et de façon personnalisée d’autres utilisateurs de la région. Le tarif unique des prestations couvrira son faible coût de maintenance, les impôts et le reste sera de l’argent de poche.
Cette fonctionnalité sera optionnelle et permettra de sélectionner les covoitureurs selon leur notation (hygiène, respect du véhicule, etc.), de rappeler le véhicule à tout moment et de l’envoyer se faire nettoyer en fin de journée par exemple. À noter que c’est un réseau opérationnel en tout lieu, y compris aux alentours de la destination de vacances des possesseurs du véhicule.

L’acceptation de la voiture autonome : une affaire de mœurs ?

Malgré ces visions idylliques mais encadrées du futur de l’automobile, peut-être que l’interdiction des véhicules à conduite manuelle passe aussi par des dérogations à l’égard des véhicules de secours, des gardiens de la paix, des circuits et autres chemins de terre ? Et des motos et des quads ?

Cette exposé bref et imparfait ne doit pas faire oublier que l’on est seulement en présence d’un échantillon de possibilités, et avant tout que la technologie a contribué à remodeler rapidement les mœurs depuis le début de la révolution industrielle. Ainsi, ce constat requiert du recul par rapport à ces possibilités et leur acceptation sociétale. Lorsque l’on observe l’évolution du comportement d’une génération à une autre et le rapport que chacune d’entre elle entretien avec la technologie, le contraste est frappant. Finalement, cela peut laisser penser que, lorsque son heure sera revenue, la voiture autonome ne sera pas rejetée.

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