De la nécessité de relativiser les réseaux sociaux en ligne

Je ne vous apprends rien : nous évoluons dans un monde ultra-connecté où plus d’un milliard d’humains utilisent régulièrement des réseaux sociaux, en grande partie par le biais de leur téléphone portable. En soit, c’est une bonne chose, puisque cela permet de prendre plus facilement des nouvelles de ses proches et de renouer le contact avec des connaissances perdues de vue.
Au-delà de la question des données personnelles livrées en pâture aux fournisseurs de services, il semble nécessaire de s’interroger sur l’influence des réseaux sociaux dans la vie quotidienne compte tenu du détournement de réalité qu’ils peuvent induire chez certains utilisateurs. La situation est résumée ci-dessus dans le court-métrage de Victor Habchy, Démarrer – Arrêter (l’aventure moderne) (2015).

Nous vivons trop par procuration, jalousant la situation (présumée) confortable d’un « ami » parti en vacances, sa nouvelle maison, sa superbe voiture, sa charmante compagne ou son adorable nouveau-né. En soirée, on passe davantage de temps à partager des selfies en se laissant déranger par les notifications plutôt qu’à profiter pleinement de l’instant présent. En fait, on n’a plus grand chose à se dire, puisque tout est résumé dans un profil en ligne. L’essentiel comme le futile. Consciemment ou non, l’existence devient insipide. Perdre pied à ce point avec la vie peut coûter cher, car se comparer sans cesse aux autres est une activité chronophage (et parfois voyeuriste) qui peut gravement attenter à l’estime de soi.

Il existe des témoignages de personnes qui ont abandonné Internet de manière générale suite à un burn-out causé par une activité en ligne trop intense. C’est le cas de Thierry Crouzet qui raconte ses six mois d’abstinence dans le livre J’ai débranché : Comment revivre sans internet après une overdose (2012), et du journaliste Paul Miller qui a quant à lui tenté l’expérience sur une année entière.
Pour éviter de passer d’un extrême à un autre, mieux vaut donc apprendre à modérer et relativiser son existence virtuelle, afin de préserver sa santé et de ne pas devenir l’esclave d’outils de communication pourtant formidables.

victorhabchy.com
Voir aussi : Black Mirror ; Stromae – Carmen.

Parcourez le monde librement avec OpenStreetMap !

osmlogo

OpenStreetMap est un service de cartographie collaborative lancé en 2004 par Steve Coast. Il met à disposition sous licence libre des cartes géographiques du monde entier, et propose aux internautes de les enrichir grâce à leur GPS ou à des données libres. Derrière ce projet, il n’y a aucune contrainte commerciale puisque des partenaires prennent en charge l’hébergement. Le projet est international : il ne tient pas compte de la politique étrangère de son pays d’origine, de ce fait il affiche des cartes neutres. Le principe de fonctionnement est assez semblable à celui de l’encyclopédie Wikipédia.

Plus concrètement, peut-on se fier à ce service ? La réponse est oui. Il faut savoir que dans certains cas, la précision des informations est indiscutablement supérieure à d’autres solutions propriétaires comme Google Maps ou Apple Plans. Il arrive que certains chemins de terre ne soient pas encore répertoriés, mais grâce à la puissance des outils collaboratifs, n’importe qui peut résoudre le problème à tout moment.
De plus, le concept de l’open data offre à chacun la possibilité de réutiliser ces données en fonction de ses besoins individuels (à condition bien entendu de créditer correctement les contributeurs), ce qui permet de voir émerger rapidement un foisonnement d’applications concrètes basées sur ce service.

De plus en plus de sites accordent leur confiance à OpenStreetMap. Parmi les plus connus, on peut citer entre autres le journal Le Monde qui l’utilise dans le cadre de son édition numérique, le portail open data du gouvernement, ainsi qu’une collaboration étroite avec l’IGN et la Poste pour créer une base d’adresse nationale (BAN), ce qui démontre que le projet est pris au sérieux par l’administration, qui réalise par la même occasion des économies substantielles.
En outre, après le séisme survenu au Népal il y a quelques semaines, OpenStreetMap s’est révélé utile pour guider les premiers secours sur les lieux du drame.

Depuis peu, le site est capable de calculer des itinéraires pour les automobiles, les vélos et les piétons, ce qui est très pratique. Il peut éventuellement appeler l’API de géolocalisation du navigateur en cas de besoin (celui de Firefox est précis jusqu’à une dizaine de mètres). La précision kilométrique des trajets est très correcte. Certaines applications dérivées proposent des cartes disponibles en mode hors-ligne notamment pour les périphériques GPS.
À l’avenir, j’espère des améliorations techniques (natives) avec la prise en charge des lignes de transport en commun, de train, des pistes de ski, de l’évaluation des distances à vol d’oiseau, ou encore l’évaluation de l’itinéraire le plus agréable pour les plus flâneurs d’entre nous. Concernant la présentation de l’itinéraire, l’affichage des courbes de dénivelé serait un plus, tout comme la prise en charge des étapes avec la possibilité de détourner l’itinéraire directement depuis sur la carte. Il manque également de l’imagerie autour des points remarquables (bâtiments publics, musées, monuments, etc.) ; et à partir des satellites. Ce problème pourrait en partie être résolu par la démocratisation des drones aériens, qui pourront modéliser en trois dimensions les infrastructures.

La magie de l’open source, c’est ces milliers de projets ambitieux au service de l’intérêt général, qui deviennent réalité en partageant les meilleurs idées et en mutualisant les compétences. Chacun est libre non seulement d’apporter sa pierre à l’édifice, mais aussi de profiter de l’édifice comme il l’entend.
L’outil est jeune, performant, encore limité dans sa popularité auprès du grand public et fonctionne avec les moyens du bord. En l’état actuel, OpenStreetMap est une alternative respectable à toutes les solutions propriétaires existantes.

openstreetmap.org
Image : logo officiel

Vers une solution alternative pour simplifier les paiements en ligne ?

Depuis la démocratisation du web au début des années 90, Internet a changé la face du monde : il peut relier instantanément les humains et les objets, permettre un partage sans précédent d’informations et de connaissances ou encore de commercer à distance. C’est une invention immature qui comporte toujours une certaine marge de progression pour la dématérialisation des objets avec l’impression 3D, l’analyse des données extraites des big data et tout ce qu’il est possible de faire avec les applications collaboratives.

Pourtant, ce potentiel colossal est aujourd’hui menacé par les entités étatiques et les sociétés oligarchiques avec notamment des pratiques de censure, de contrôle des données des utilisateurs, de discrimination géographique dans l’accès aux contenus et d’atteinte à la neutralité du réseau qui contredisent la philosophie originelle d’Internet et soulèvent des incertitudes quant à son avenir.
Il existe également d’autres menaces plus pernicieuses encore, comme la publicité qui fait vivre un certain nombre de sites web. La publicité est soit acceptée par les internautes malgré l’inconfort de navigation qu’elle génère, soit rejetée pour tout ou partie grâce aux bloqueurs de publicité. Dans le premier cas, elle détourne l’attention du visiteur en utilisant son temps de cerveau disponible et ses données personnelles, tandis que dans le second cas, elle a été bannie mais représente un danger pour le créateur de contenu, qui s’expose alors à des difficultés d’une part pour financer l’infrastructure logistique de son site web (serveur, nom de domaine, etc.), et d’autre part s’il souhaite obtenir une rétribution pour son travail de création de contenu.

Responsabiliser les internautes pour faire vivre le web

Pour pallier ces problèmes, le principe de l’abonnement paraît intéressant au premier abord, mais reste malheureusement cantonné à des contextes et des publics spécifiques par l’exclusion des individus qui n’ont pas les moyens de payer un accès au contenu.
En parallèle, le principe de la donation avec le prix libre prend tout son sens : un internaute satisfait de sa visite peut verser la somme de son choix au propriétaire du site pour le remercier. Si au premier abord il peut sembler aberrant de faire reposer cette économie sur une solution aléatoire, il faut néanmoins rappeler qu’il en est finalement de même avec la publicité puisque celle-ci dépend d’une audience influencée par le référencement sur les moteurs de recherche, dont l’algorithme est susceptible d’évoluer à tout moment avec une rétrogradation en règle. De plus, le principe du prix libre rend non seulement leur confort aux internautes car il ne détourne plus inutilement leur attention, mais de surcroît, il les responsabilise.

Évidemment, il ne faut pas être naïf. Pour que ce système fonctionne, il faut faire preuve de pédagogie en faisant comprendre que la publicité ne rend pas forcément les services gratuits, et qu’il est parfois nécessaire de mettre la main à la poche pour garantir la liberté de tous. Après tout, étant donné que chaque foyer alloue une part de son budget annuel à la culture et au divertissement (cinéma, littérature, expositions, journaux, redevance audiovisuelle, etc.), il n’est pas absurde d’intégrer à ce budget la notion de rétribution du net. Il n’est pas non plus inacceptable de ne donner qu’une poignée de centimes : l’essentiel est de trouver un juste équilibre entre ses capacités financières et la valeur donnée à un contenu.

Ces derniers mois, Google s’est à son tour penché sur le problème de la publicité en présentant Contributor, qui se limite cependant à ses collaborateurs. L’enjeu est donc de déployer une solution similaire à l’ensemble du net. Pour ce faire, il serait judicieux de prendre en compte toute la problématique liée aux moyens de paiement, qui fait écho à celle du financement du web.

Améliorer les moyens de paiement pour les rendre plus intuitifs

Actuellement, le paiement en ligne est à la fois hermétique et déstructuré. Celui qui souhaite procéder à une donation doit prendre la peine de rechercher un éventuel bouton quelque part sur le site, et cela fait, il doit probablement s’inscrire auprès d’un service de paiement, et enfin, verser la somme désirée. À peu de choses près, les sites de vente en ligne souffrent des mêmes défauts en proposant leurs propres interfaces, qui ne sont ni les plus conviviales, ni les plus sécurisées, ni les plus plébiscitées. Que d’opérations inutiles et de temps perdu qui découragent plus d’une bonne volonté !

En 2015, l’heure est sans doute venue de rationaliser définitivement tout cela. Il s’agit de donner plus de cohérence aux services de paiement en ligne en améliorant les procédures de paiement. Le meilleur moyen pour y parvenir résiderait dans la création d’un standard solide, sécurisé et ouvert (ce qui inclut la notion d’interopérabilité). En substance, autour d’un identifiant unique (à l’image du projet OpenID) viendraient s’incorporer des services de paiement comme Paypal, Flattr et les cartes bancaires. Le standard permettrait d’envoyer et de recevoir de la monnaie officielle d’un service à un autre, avec une option pour le Bitcoin. En outre, il aurait l’avantage de protéger les données personnelles : jusqu’au moment de payer sur les sites de vente en ligne, seul un compte basique avec un pseudonyme, un mot de passe et une adresse de messagerie serait nécessaire, ensuite les coordonnées postales seraient communiquées au commerçant (voir ci-dessous) pour être effacées définitivement dès l’expiration du droit de rétractation ou de la garantie.
Le déploiement de cette solution est lui aussi simplifié pour accélérer son intégration aussi bien du côté serveur que du côté client. C’est-à-dire que dans le cadre d’un site Internet quelconque, un (ou plusieurs) script inséré dans le code source indiquera au client l’identifiant du destinataire pour effectuer la transaction. À l’instar de Facebook et Gmail, on peut également imaginer la possibilité de transmettre de l’argent lors d’une conversation en ligne en ajoutant tout simplement un lien direct avec l’identifiant cible. En l’espèce, le navigateur jouerait le rôle du client.

Pour illustrer l’intégration de ce standard au sein d’un navigateur, je vais prendre l’exemple de Firefox pour sa qualité de conception, son niveau de personnalisation et son éthique.
Tout d’abord, le module de paiement greffé au navigateur se présenterait sous la forme d’une icône (une bourse en cuir) qui se placerait aux côtés de Firefox Hello, des téléchargements et des marque-pages. Il permettrait de gérer tout ce qui concerne l’identifiant unique. Sur un site commercial, au moment de passer à la caisse, l’icône de ce module de paiement deviendrait bleue. Lorsque l’utilisateur clique dessus, il peut soit autoriser la transmission de ses coordonnées personnelles (adresse postale, téléphone, courriel) et le débit de son compte bancaire pour la somme due, soit les rentrer si ce n’est pas déjà fait. Il existe bien entendu la possibilité optionnelle de synchroniser ces données avec un compte Firefox Sync pour reproduire une telle opération chez un commerçant physique avec Firefox OS par exemple. Une fois le paiement validé, le vendeur se charge d’envoyer la facture à l’adresse mail du client.

Pour effectuer une donation libre à tout moment, il suffit de cliquer sur l’icône pour appeler le module de paiement qui va ainsi rechercher les services utilisés par l’administrateur (Bitcoin, Paypal, Flattr, etc.) en présélectionnant le plus approprié au profil de l’internaute. Dès lors, il est possible soit de verser immédiatement la somme désirée, soit d’ajouter le site à une liste pour un paiement ultérieur.
Cette liste est capable de recenser plusieurs pages d’un même site et se paramètre dans les préférences du navigateur. Une répartition équitable entre les différents sites peut être effectuée à partir d’un budget et l’opération est automatisable à la fréquence souhaitée. Dans l’hypothèse où l’utilisateur ne sait pas à qui donner, un couplage avec l’extension Lightbeam peut l’assister dans sa décision en émettant des suggestions en fonction des données de navigation (nombre de visites, temps passé, etc.). Les sites qui proposent des abonnements ou qui ont une finalité mercantile sont ignorés de l’inventaire.
Toujours dans les préférences, si l’utilisateur dispose de plusieurs moyens de paiement, il peut en changer de la même manière que pour les moteurs de recherche, à la volée. Dans un souci de sécurité, il peut rendre l’authentification obligatoire avant chaque opération de paiement ou de modification des paramètres.

Développer collectivement un standard pour envisager sa concrétisation

Bien sûr, j’ai conscience que la solution du standard n’est pas miraculeuse : elle reste imparfaite, non-exhaustive, voir imprécise. Pour qu’elle tienne ses promesses, il faut inévitablement que tout le monde joue le jeu. Les services de paiement en ligne doivent accepter un peu d’ouverture. D’ailleurs qu’ont-ils à y perdre ? Certainement pas leurs commissions. Les sites Internet qui ont opté pour le prix libre doivent s’engager à éviter la publicité, quitte à être plus transparents sur les revenus qui en découlent. Enfin, les internautes doivent avoir suffisamment confiance dans le système pour y recourir.

Cela peut paraître utopique, mais on peut imaginer que cette innovation simplificatrice soit en mesure de lutter contre le téléchargement illégal en favorisant l’émergence d’offres intéressantes ; et de soutenir des idées prometteuses qui ne se réalisent pas faute de moyens. Faire ses emplettes en ligne est en passe de devenir un geste courant de la vie quotidienne, alors autant que cela se déroule dans les meilleures conditions vis-à-vis du consommateur.
Peut-être que le processus de décloisonnement des services de paiement en ligne sera enclenché par l’Union européenne, qui rappelons-le, va obliger dans les années à venir les constructeurs de téléphones portables à fournir un chargeur universel.

Je suis convaincu que cette intégration suggérée d’un module sur Firefox sera implémentée dans un futur proche sur ses homologues Safari avec Apple Pay et Chrome avec Google Wallet, ce qui signifie que ces systèmes seront probablement fermés. Le pari consiste donc à prendre un train d’avance en développant collectivement -en concertation avec les intéressés- et dès aujourd’hui un système qui se veut ouvert, fiable et respectueux de la vie privée. Pour qu’Internet ne perde pas son âme.

ÉDITION au 16/09/2016 : L’idée de rémunération directe des sites Internet pour contrer la publicité fait son chemin, puisque c’est ce que propose Brave, un navigateur web créé à l’initiative de Brendan Eich, cofondateur de Mozilla.

ÉDITION au 23/10/2015 : Enfin ! Le problème du paiement en ligne pourrait bien être résolu dans les prochaines années, puisque cette semaine le W3C a lancé un groupe de travail dédié à ce sujet.

Image : Heather Paque
Voir aussi :
En ordre de bataille sur le financement d’Internet ; comment tuer la pub, ce péché originel de l’internet ? ; le prix libre, une impossible utopie ?.