Pigalle, la nuit : un thriller immersif au cœur des nuits parisiennes

Thomas travaille à la City de Londres. Lors d’un séjour à Paris, il sort dans un club de striptease et découvre que sa sœur, Emma, qu’il n’a pas vue depuis deux ans, en est la vedette. Il tente de lui parler, mais elle lui échappe. Peu après, elle disparaît mystérieusement sans laisser de traces. Thomas entreprend alors d’explorer le quartier de Pigalle et ses secrets pour la retrouver. Il se trouve alors lié à un conflit entre Nadir Zainoun, détenteur des deux principaux clubs de Pigalle, et les mystérieux propriétaires d’un nouveau club, le Paradise. Cette rivalité va déstabiliser le petit monde de Pigalle où tout le monde se connaît…

Ça faisait un bout de temps déjà que je voulais regarder Pigalle, la nuit, création originale de Hervé Hadmar et Marc Herpoux pour Canal +. L’intrigue se déroule de nos jours, en plein cœur du quartier parisien apprécié des touristes pour son identité culturelle. Lorsque le moment propice fut venu, j’ai dévoré les huit épisodes de la série d’une seule traite, avec passion.

C’est tout à fait le style de série que l’on peut vraiment aimer, ou au contraire, ne pas aimer du tout. Le spectateur peut parfois être dérouté par des scènes qui semblent dépourvues de tout lien avec la trame principale, et donc qui apportent plus de questions que de réponses. Il faudra patienter jusqu’à l’épisode final pour que les pièces du puzzle s’imbriquent pour former un ensemble cohérent.
D’aucuns peuvent être déçus par le dénouement de ce thriller dramatique, qui trahirait en quelque sorte un manque d’audace dans les grandes lignes du scénario. « Tout ça pour ça ! » se plaignent certains, contrariés par le sentiment d’avoir été baladés depuis le début. Je reconnais moi-même avoir été un peu surpris par des légèretés scénaristiques, mais loin d’être dépité, je suis satisfait de ce que propose cette série : au cours de cette immersion de plus de quatre-cents minutes dans les tréfonds de Pigalle, chaque épisode m’a tenu en haleine.

J’estime qu’il faut porter un regard général sur la série pour en découvrir la vraie valeur, c’est-à-dire en tenant surtout compte de ses qualités. Le plus gros point fort est incontestablement la manière de montrer Pigalle. Ce quartier nocturne a une âme. Son ambiance si particulière transporte. De toute évidence, on voyage dans un monde à part, un monde sublime, étrange, onirique.
Au-delà de l’authenticité des décors, il faut souligner le jeu des acteurs. Malgré de très rares apparitions, on tombe sous le charme d’Emma (Armelle Deutsch), égérie du spectacle d’un club plébiscité à Pigalle, et portée disparue. Thomas (Jalil Lespert), est convaincant dans le rôle du frère prêt à tout pour retrouver sa sœur. Une fois que l’on a cerné le personnage de Nadir, propriétaire embourgeoisé de clubs pigalliens interprété par Simon Abkarian (le colonel dans Kaboul Kitchen), il gagne en sympathie. Quant au rôle de Dimitri, mystérieux gérant d’un nouveau club concurrent, il semble s’accorder à Éric Ruf. Les personnages secondaires, plus ou moins récurrents, sont joués par d’honnêtes comédiens.
On mentionnera aussi les nombreux artifices employés qui nous emportent dans l’histoire, accompagnés par la capacité à alimenter une intrigue basée sur le thème des échanges.

Comme je l’ai déjà dit, c’est une série qui ne plaît pas forcément à tout le monde. Bien sûr, ce n’est pas l’œuvre du siècle. On lui pardonne ses maladresses ou on ne pardonne pas. C’est sans doute une affaire d’état d’esprit : si je l’avais entamé dans un contexte différent, peut être que ce divertissement m’aurait ennuyé.
D’emblée, le titre Pigalle, la nuit laisse songeur, on ne sait pas trop quoi attendre de cette excursion. C’est pourquoi il faut donner sa chance à cette série française et l’apprécier pour ce qu’elle est, sans a priori.
Enfin, il s’agit (hélas) d’une série terminée, puisque la saison 2 a été abandonnée malgré le succès de la première saison en 2009. Cette année, un projet de suite sur grand écran a été dévoilé, j’espère qu’il se concrétisera : j’ai vraiment envie de replonger dans l’univers coloré de Pigalle.

Images : Canal +/Rysk
Synopsis
Seventeen – Ladytron

Le Cheval Vapeur ou l’évolution du monde agricole de 1950 à nos jours

Le Cheval Vapeur est un documentaire réalisé par Pascal Goury (N’tre vnye, nos vignes) et l’Association Aixoise d’Art Audiovisuel, en collaboration avec le groupe patrimoine et l’Office de Tourisme de Yenne. Il raconte l’évolution de la mécanisation et des activités agricoles des années 1950 à nos jours. Le film a été tourné aux quatre coins du canton de Yenne (Savoie) avec le concours de ses habitants. Depuis sa première présentation au public le 19 septembre 2009, il a fait l’objet de nombreuses projections dans la région et notamment au Festival du cinéma rural de La Biolle. En 2010, il remporte le Trophée de Savoie du Conseil général dans la catégorie « Initiative territoriale ».

Un contexte d’après-guerre favorable à la révolution agricole

Tout commence dans le contexte de l’après-guerre. Le pays, alors en reconstruction, opère à des réformes en profondeur de ses secteurs stratégiques pour s’assurer un avenir prospère. L’agriculture ne sera pas laissée en marge avec l’arrivée du cheval vapeur dans les fermes. Le cheval vapeur, c’est une force mécanique considérable qui va remodeler les normes sociales, économiques, démographiques, mais aussi territoriales et géographiques. Ce mouvement irrésistible, qui aboutit à l’agriculture révolutionnée que l’on connaît aujourd’hui, est le sujet d’étude du film de Pascal Goury. Pour mieux montrer ce qui change concrètement dans le quotidien des gens, le réalisateur a choisi de scinder les époques dans un triptyque et de les entremêler.

À l’origine, la vie à la ferme représentait un quotidien fastidieux où le temps et la force de plusieurs personnes étaient monopolisés. La journée commençait généralement très tôt. Dès quatre heures du matin, animé par une parfaite synergie, un groupe armé de faux lançait la période des foins en s’attaquant à des parcelles entières d’herbe. Cinq heures durant, la matière verte était fauchée, non sans difficultés. Heureusement, le labeur était suspendu le temps de la fameuse pause, moment cordial et apprécié pendant lequel chacun cassait la croûte autour d’un verre de vin et d’une collation de produits de la ferme. Mais faucher n’était pas la seule raison qui poussait à écourter les nuits. On se levait tôt également pour nourrir les bœufs et les préparer au travail des champs. L’été, il fallait veiller à ne pas trop les surmener pour qu’ils supportent mieux la chaleur. La terre aussi était ménagée, car la norme était la rotation des cultures pour la régénérer et ainsi préserver les sols. Le développement du cheval vapeur a adouci l’existence laborieuse et essentiellement manuelle des paysans. Dès lors, les bœufs et les chevaux étaient vendus pour acheter un tracteur. Petit-à-petit, un chapitre de l’histoire de l’agriculture se refermait.

En Europe, le déploiement du cheval vapeur dans les années 1950 a été aidé par le plan Marshall proposé par les américains. En dépit de l’ingéniosité de ses outils, la traction animale est progressivement abandonnée, incapable de tenir tête à l’efficacité redoutable du cheval vapeur. Cette nouvelle puissance mécanique permet non seulement de mieux exploiter les terrains pentus, mais aussi d’agrandir la surface des parcelles et de travailler plus rapidement à moindre effort. C’est ainsi que tout s’accélère, et que la question de la rentabilité vint à se poser. Rien ne sera plus jamais comme avant. À peine rentabilisé, le tracteur est déjà dépassé par de nouvelles technologies. À son tour, il est substitué par un modèle plus performant. Il faut savoir que pour la plupart des marques de tracteur, il était nécessaire de respecter un protocole rigoureux pour le démarrer. Il s’agissait cependant de machines robustes toujours en mesure de fonctionner aujourd’hui, comme en témoigne la remise en état spectaculaire d’un Allis-Chalmers de 1949, premier tracteur arrivé à Jongieux.
Cela entraîne également une réduction de l’effectif ouvrier à la ferme. Désormais, le temps que les enfants ne passent pas dans les champs, c’est du temps qu’ils peuvent passer à l’école pour parfaire leur éducation. Cela signifie aussi qu’il y a moins d’instants privilégiés dans les champs. Ces moments sont à présent réservés à des évènements particuliers, comme l’arrivée de la batteuse. Elle remplace des outils mécaniques manuels qui eux-mêmes remplaçaient le fléau. La batteuse est mutualisée, de fait, des hameaux entiers étaient en mesure de battre leurs grains avec la même machine. Chacun a un rôle dans l’opération, qui bien qu’elle soit devenue plus facile qu’autrefois, diffuse de la poussière et génère du bruit pendant plusieurs heures. Dans ce vacarme, la sirène avertie les ouvriers qu’il est temps d’aller déjeuner. Le repas est sans doute ce qui explique que ce moment soit apprécié : c’est devenu l’une des rares occasions dans l’année de se retrouver ensemble et de partager un moment simple mais chaleureux.

Enfin, à l’aube du XXIe siècle, on se situe dorénavant dans le contexte de l’Union européenne et de la politique agricole commune. Il est envisageable pour un agriculteur de faire fonctionner seul son exploitation agricole, bien que la solution du regroupement au sein du GAEC soit privilégiée. S’offrir régulièrement des jours de repos et des vacances pour se consacrer aux siens est devenu une réalité. La compagne de l’agriculteur travaille en dehors de la ferme. Les petites parcelles ont été unies dans de grandes surfaces, et sont quatre fois plus larges que dans les années 60 malgré un nombre de tracteurs équivalents. Ce qui a changé pour les tracteurs, c’est principalement leur puissance : ils peuvent tirer des charrues composées de plusieurs corps qui vont sillonner la terre plus profondément. Il y a aussi une fusion de l’outil avec la propulsion, comme on peut le voir avec la prise de force, ou encore la moissonneuse-batteuse qui n’est plus qu’une seule et même machine. La simplification de la vie passe donc par une complexification des outils. Ce qui représentait plusieurs jours de travail auparavant pour une famille n’est plus qu’une question d’heures pour un seul homme. Les rendements à l’hectare sont prodigieux, d’une part grâce à la monoculture et ses rotations moins fréquentes, et d’autre part avec le recours à la chimie, dont l’usage sans précaution comporte des risques importants pour la santé. Dans le canton de Yenne, la structure bocagère est préservée pour des raisons pratiques, seuls les chemins ont été élargis pour favoriser le passage des machines. La solitude du tracteur a fait oublié le lien particulier qu’entretenait quelques décennies plut tôt le paysan travaillant avec ses animaux. Le paysan des temps modernes, lui, a moins d’occasions de fouler lui-même ses terres. En même temps, il doit faire face à l’urbanisation qui grignote progressivement les terres arables, ce qui implique la recherche d’un équilibre. L’ambiance dans les villages a définitivement changé, car chacun exerce des activités différentes et a moins d’opportunités de se rencontrer.

Parallèlement, on a conscience que ces transitions font parties en réalité d’un  bouleversement sociétal complet. Le monde se transforme et le facteur en est en quelque sorte le témoin. Au commencement, il faisait ses tournées à vélo, se permettait des détours aux champs et partageait des moments festifs. Puis le cyclomoteur et la voiture ont augmenté sa charge de travail et mis un terme à toutes ses habitudes. Le téléphone débarque dans les campagnes lui aussi, et les échanges ne se font plus avec la même monnaie.
Le Cheval vapeur est avant tout un film de transmission qui emprunte volontiers au registre didactique. En effet, il s’efforce d’expliquer le fonctionnement des machines (démarrage, utilisation, entretien, etc.), une technique pour semer à la volée, l’affutage de la faux, la réparation des lames de faucheuse, la possibilité de protéger le foin de la pluie en le rassemblant dans les champs, ou encore en utilisant des termes techniques particuliers, pour tenter d’immortaliser le tout. La voix-off fait le récit du changement des mœurs, en se plaçant tantôt dans l’état d’esprit du paysan, tantôt dans la peau de la machine.

L’agriculture moderne face à de nouveaux enjeux

Finalement, si Pascal Goury affirme qu’il n’a « pas de message à faire passer dans ce film« , il n’en demeure pas moins qu’il n’idéalise aucune époque et reste neutre. D’une certaine manière, en montrant que ces périodes ont sans exception leurs bons et leurs mauvais côtés, il donne son point de vue à ceux qui prétendent que « c’était mieux avant ». Le « bon vieux temps » n’est qu’un concept chimérique. Qui regrette l’époque où toute une famille travaillait dur sous un soleil de plomb pour une vie proche de la misère ? En revanche, on peut tout à fait comparer la qualité de la nourriture produite autrefois avec la nourriture industrielle que vendent les supermarchés. On peut également critiquer la dégradation des terres provoquée par les méthodes intensives.

D’ailleurs, la scène qui clôt le film fait écho à celle qui l’ouvre, et pose une question pertinente : et après ? Puisque le cheval vapeur n’est qu’un trait de temps dans l’histoire de l’agriculture, comment va-t-il évoluer dans les cinquante prochaines années et au-delà ? De nouvelles mutations sont-elles encore à prévoir ? Ou au contraire, le développement du cheval vapeur s’oriente-t-il plutôt vers une certaine stabilité ? Quoi qu’il en soit, les réponses aux défis agricoles à venir devront impérativement tirer des leçons du passé pour garantir la pérennité promise. Tout se joue dès maintenant et des choix responsables seront à faire.

Le Cheval Vapeur est un formidable travail de mémoire qui a été réalisé par une équipe de passionnés. Conformément aux vœux de Pascal Goury, il n’y a ni folklore, ni exagération : les faits sont présentés tels qu’ils l’ont été. Le film a été tourné à un moment charnière, alors que ceux qui ont vécus cette évolution commencent à disparaître. En jouant leur propre rôle ou celui de leur père, ils offrent le souvenir de leur jeunesse, de leur vie. En ce sens, le Cheval Vapeur est un film qui leur rend hommage. On comprend pourquoi le film a attiré tant de Yennois à sa sortie. C’est un film à faire découvrir et à conserver précieusement pour le revoir de temps en temps.

Sources : Quatra-video.fr (contient une sélection de documentaires intéressants à consulter) ; Festival du cinéma rural de La Biolle ; Trophées de Savoie 2010 ; Relais73, Le Cheval Vapeur faire revivre le savoir-faire ancien, septembre 2009, p.3.
Image : Studio add’ock/Association Quatra.

Pascal Goury (réal.). Le Cheval Vapeur. Association Quatra, 2009. DVD, 90 min.
D’après une idée originale de Didier Padey. Avec le soutien logistique et technique de Maurice Padey, André Philippe et Jean-Paul Vincent.

Les cinémas mobiles auront-ils raison des excès des exploitants de salle ?

Dans le cadre d’un article du Nouvel Observateur (ex-Rue89) intitulé Pour ou contre la pub au cinéma ?, j’ai fait part dans un commentaire de ma courte expérience dans le domaine des cinémas mobiles.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/93/Fratelli_Lumiere.jpgLes frères Lumière, contributeurs à l’amélioration de l’expérience cinématographique (Riana/wikipedia)

C’est depuis que j’ai payé ma place treize euros en tarif réduit, et que je me suis coltiné pas moins de vingt-cinq minutes de publicité dans le complexe flambant neuf d’un grand exploitant français, que j’ai cessé d’y mettre les pieds. Et en plus, il fallait se dépêcher de choisir son siège sur Internet…

L’année dernière, une petite révolution s’est produite lorsque j’ai redécouvert le cinéma mobile du patelin. Et, ô joie, pour quatre ou cinq euros la séance (cinq ou six pour les films en 3D), on a la possibilité de voir un ou deux films par mois. Il y a parfois le dernier blockbuster américain, un dessin animé en plus pendant la période des fêtes de fin d’année, un documentaire sur Pierre Rabhi, ou encore la dernière production française, qu’elle soit sans prétention ou non.
Et c’est ainsi que tout le monde trouve son compte et passe un excellent moment. Personne ne se goinfre de pop-corn, les sièges sont plus confortables qu’avant, il y a un tirage au sort avant le début de la séance pour remporter des places pour la prochaine séance, on est en comité restreint (de quarante à cent en général, ce qui est honorable pour une ville de 2800 habitants) mais tout le monde ou presque se connait et l’ambiance est chaleureuse. On peut même y aller en covoiturant avec son voisin, voyez-vous. Enfin, cerise sur le gâteau, la séance commence immédiatement puisqu’il n’y a pas de publicité.

Je pense donc qu’il faut soutenir ce concept, le seul à même de redonner aux salles obscures leur côté populaire d’antan, et qui est bénéfique non seulement pour la viabilité du septième art à long terme (car ces tarifs plus décents et plus équitables sont plus accessibles à beaucoup plus de monde), mais aussi pour signifier à cette industrie des multiplexes qu’on en a marre aussi bien de l’engraisser, que de son discours hypocrite au sujet du téléchargement illégal.

Et vous, avez-vous déjà fait l’expérience des cinémas mobiles ? Qu’en pensez-vous ? Selon vous, ce concept peut-il s’imposer comme une alternative viable aux multiplexes devenus moins accessibles ?