Breaking Bad, de Walter White à Heisenberg

Avez-vous déjà regardé une série qui ne semble pas payer de mine au premier abord, mais qui se révèle être une petite merveille ? Si vous répondez par l’affirmative alors il se pourrait que vous connaissiez Breaking Bad. Véritable réussite de ces dernières années, la série de Vince Gilligan avec Bryan Cranston (Walter White) et Aaron Paul (Jesse Pinkman) est diffusée sur AMC aux États-Unis et sur Arte en France.

C’est l’histoire de Walter White, professeur de chimie cinquantenaire au lycée d’Albuquerque (Nouveau-Mexique) qui voit son existence déjà morne bouleversée lorsqu’il apprend qu’il souffre d’un cancer au poumon et que le temps est désormais compté pour lui. Pour assurer un avenir à sa famille après sa disparition, il décide d’utiliser ses talents de chimiste pour fabriquer de la méthamphétamine, drogue synthétique très lucrative, et de s’associer avec Jesse Pinkman, un ancien élève habitué des petits trafics de drogue. À partir d’un laboratoire improvisé à l’arrière d’un camping-car et de quelques ustensiles de chimie basique, ils vont cuisiner ensemble le cristal bleuté le plus pur du marché.

Bande-annonce de la saison 1

Cela suffit-il pourtant à réunir tous les ingrédients pour réaliser une bonne série ? Absolument, et c’est bien là le tour de force de Vince Gilligan et de son équipe de scénaristes qui redouble d’inventivité et d’originalité dans chaque épisode pour nous tenir en haleine, et bien sûr du jeu des acteurs qui est tout simplement parfait. Si certains détails glissés paraissent anodins, ils n’en sont pas moins chargés de symboles et d’indices sur le déroulement futur de l’intrigue. En tant que spectateur, on imagine des tas de scénarios pour conclure un épisode, et on assiste finalement à un final beaucoup plus remarquable et éloigné de ce à quoi l’on s’attendait. D’ailleurs, le suspense est parfois tellement intense que certains cinéphiles le comparent à un film de Quentin Tarantino.

Comme l’analysait le philosophe Thibault de Saint-Maurice dans une conférence dédiée à la série, Breaking Bad (qui peut signifier mal tourner), c’est d’abord l’histoire d’un homme en quête de puissance. C’est l’histoire du lent mais radical et irrémédiable processus de transformation de Walter White, homme banal victime de sa propre vie, vers le personnage amoral d’Heisenberg, prêt à tout pour dominer.

Parfois drôle mais généralement pathétique, leur immersion rapide dans le monde de la drogue va les amener à vivre des situations qu’ils auront du mal à maîtriser, et deviendront responsables -indirectement ou non- du sort des victimes qui s’accumulent autour d’eux, à commencer par leur entourage. Dissimuler la vérité n’est pas toujours facile, surtout pour Walt dont le beau-frère, Hank Schrader, travaille au service de répression du trafic de stupéfiants. Pour maintenir sa couverture, il devra donc manipuler quiconque susceptible de le compromettre. Tout va très loin, trop loin…

Negro Y Azul – Los Cuates de Sinaloa

Il n’y a pas vraiment de vitesse de croisière dans Breaking Bad, un épisode peut être introduit par un pré-générique distrayant ou relativement important dans l’intrigue sans que l’on sache à quel degré ; le rythme alterne entre des moments lents et d’autres où l’on retient son souffle. On sent que la production s’est donné les moyens de proposer un contenu de qualité et qu’elle ne cherche pas à éterniser la série malgré son succès. Au total Breaking Bad représentera cinq saisons, la dernière a été malheureusement coupée en deux parties de huit épisodes, l’une étant diffusée en ce moment-même et l’autre est prévue pour l’été 2013. Il faut bien trouver un compromis.

Le fait qu’une chaîne de télévision française comme Arte ait choisi de diffuser cette série sur son antenne n’est pas signe de médiocrité, bien au contraire. Et que dire du jeu des acteurs, qui incarnent impeccablement leurs personnages respectifs ? Il faut reconnaître que certains méritent d’être mieux récompensés.

J’espère vous avoir donné envie de vous faire votre propre idée sur cette série sans avoir gâché votre découverte dans cette présentation, mais je tiens à vous prévenir qu’elle contient (peu fréquemment, certes) des scènes très difficiles à regarder. Cela dit, Breaking Bad ne fait pas l’apologie du monde de la drogue, et livre avec finesse une critique qui dépeint la déchéance progressive et profonde du toxicomane et le danger qu’il représente pour les autres.

En tant que consommateur occasionnel de séries, j’ai découvert les aventures du chimiste et de son acolyte au printemps dernier, et j’ai immédiatement accroché. A l’image de la méthamphétamine, c’est une série addictive et pure à 99% : au début on se demande ce que les scénaristes vont pouvoir inventer avec une telle intrigue, et finalement chaque épisode achevé procure une irrépressible envie de regarder le suivant : pas étonnant que cela fasse un tabac !

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Images : 12.
Informations complémentaires : à propos de la méthamphétamine ; écouter la conférence de Thibault de Saint-Maurice (transcription).