Andy Weir – Seul sur Mars

Couverture de Seul sur mars de Andy WeirSeul sur Mars est un roman de science-fiction paru pour la première fois en 2011 sous le titre The Martian. Il s’agit de la première expérience littéraire de Andy Weir, informaticien de profession. Son succès outre-atlantique a été tel que cette auto-publication a été rachetée l’an dernier par l’éditeur Crown Publishing Group, traduite dans la foulée en français par Bragelonne, et sera même adaptée cet automne sur le grand écran par Ridley Scott.
Découvert il y a quelques mois en parcourant le blog de Florence Porcel, Seul sur Mars fut un véritable coup de cœur. L’intrigue bien ficelée et pleine de rebondissements m’a tenue en haleine jusqu’aux heures les plus tardives de la nuit. En l’espèce, au cours de la mission Ares 3 sur la planète Mars, Mark Watney est laissé pour mort par ses coéquipiers après un incident majeur. Lorsqu’il revient à lui, il est sans doute aussi esseulé et malchanceux que le docteur Ryan Stone dans Gravity (2013). Cependant, il devra faire preuve de plus de détermination et d’ingéniosité pour espérer survivre quelques temps dans cet environnement hostile et, soyons fous, embrasser le doux rêve de regagner ses pénates…

Un combat impitoyable pour la vie

« Il est dans un sale pétrin, le petit Mark » : c’est le premier regard, plein d’affliction, que le lecteur terrien posera sur lui, le séant confortablement vissé sur un fauteuil. Mais ça serait mal connaître Mark Watney que de le sous-estimer. En effet, c’est un garçon qui a plus d’une corde à son arc.
Tout d’abord, sa formation principale est une double spécialisation d’ingénieur mécanicien et d’ingénieur botaniste. De ce fait, la moindre parcelle de sa matière grise va être sollicitée pour affronter cette situation cauchemardesque, en élaborant d’une part une stratégie pour garantir un apport en nourriture au-delà des rations dont il dispose, et d’autre part pour anticiper et réagir aux avaries techniques qui pourraient à tout moment lui coûter la vie pour de bon.
Aussi, pour apaiser cette situation délicate sur le plan psychologique, il pourra compter sur les maigres distractions numériques que lui ont abandonné ses collègues dans leur départ précipité, mais aussi et surtout sur d’autres évènements réconfortants que je m’abstiendrais de développer ici pour ne rien vous gâcher.

Contrairement au professeur Mann dans Interstellar (2014), Watney n’est pas rancunier pour un sou envers ses camarades qui font cap vers la planète bleue et préfère reléguer cette situation au rang de l’adversité. Aussi bancal qu’il soit, l’espoir est permis. Il canalise même son énergie, ses craintes et son acharnement au profit d’une seule cause : la vie.

Un thriller moderne et convaincant

L’histoire est racontée à travers le journal de bord de notre héros, au rythme des journées solaires martiennes (les sols, un peu plus longues que sur Terre). Ajoutez à cela un mélange savamment dosé de science, d’humour, de talent narratif et de suspense et vous obtiendrez un thriller à la fois moderne, convaincant et excitant. Lorsque j’ai lu Seul sur Mars, j’ai été littéralement transporté par la trame : j’avais vraiment l’impression d’être seul sur la planète rouge, dans la peau de ce pauvre astronaute envoyé de l’humanité.
Avant le travail d’écriture, on sent qu’il y a un réel effort de documentation de la part d’Andy Weir. Le tout contient très peu de lourdeurs et reste assez crédible. Souvenons-nous que l’aventure aurait pu elle aussi tourner court pour nos pionniers, comme par cette fameuse journée de juillet 1969 où selon la légende, Buzz Aldrin et Neil Armstrong ne doivent leur salut qu’à un simple stylo.

Cependant, au regard de la relative proximité de l’intrigue avec notre époque, on peut légitimement se poser quelques questions : où sont passés les russes dans l’exploration spatiale ? Que font les entrepreneurs comme Elon Musk ? Il n’y a pas l’ombre ne serait-ce que d’une capsule Dragon. Seule la position de la Chine me paraît envisageable à cette période.
Mais ce ne sont là que des broutilles qui n’empêchent pas d’apprécier le bouquin. Et la critique de l’encenser, de Douglas Preston à Chris Hadfield. Il serait donc bien dommage de passer à côté.

andyweirauthor.com
Voir aussi : pourquoi faut-il croire en l’exploration spatiale ? ; un entretien avec l’auteur.

Weir, Andy. Seul sur Mars (The Martian). Paris : éditions Bragelonne, 2014. 408 p. (pour la version française, adaptée par Nenad Savic).