« Tous les jours, ma p’tite goutte de gnôle »

Patate, maïs, betterave, pomme, prune ou encore poire, les saveurs que l’on peut retrouver dans cette eau-de-vie que l’on appelle la gnôle ne manquent pas.

La gnôle, mot d’origine francoprovençal, n’est en soit pas très compliqué à produire. Tout d’abord, il faut broyer des fruits mûrs (c’est également possible avec des légumes, mais c’est moins conseillé), puis les laisser fermenter dans un récipient pendant plusieurs semaines, en rouvrant de temps en temps pour les pilonner et laisser les gaz s’échapper. Ensuite, vous devrez les faire distiller dans un alambic, le vôtre ou celui du bouilleur de cru lorsque sa tournée fera escale dans votre village.
Le précieux breuvage d’une cinquantaine de degré d’alcool peut se conserver des dizaines d’années sans perdre de sa qualité, pour peu qu’il vieillisse dans des conditions saines. Pour ce qui est de la gnôle de raisin, rien ne se perd car ce qui reste, le marc (enveloppe, pépins…), peut être enrobé autour des tommes jusqu’à leur consommation, ce qui est toujours une délicieuse valeur ajoutée à ces dernières.
Pour certains, en plus de favoriser la digestion après un repas copieux, la gnôle aurait des vertus médicinales, puisqu’il s’agirait d’un remède que nous aurait légué les anciens.

« La gnôle c’est mon médicament » (Jean Roulet, bouilleur de cru)

À juste titre, je tiens à souligner le fait que la distillation est soumis à de très strictes réglementations, en France comme ailleurs, et il n’est désormais plus possible de produire selon votre bon vouloir. Ne négligez pas cela, il serait dommage que ce moment très convivial soit gâché par de fortes amendes. Le métier de bouilleur de cru est actuellement dans une impasse, d’une part à cause de la concurrence industrielle, et d’autre part à cause des problèmes de transmission du savoir-faire régie par les lois.

Je ne pouvais bien entendu pas vous parler des bouilleurs de cru sans évoquer Jean Roulet, un bon vivant qui nous a quitté il y a quelques années. Il aura marqué beaucoup de monde dans la yaute, car un reportage lui a été un jour consacré dans l’émission la place du village des frères Deparis sur notre chaîne locale, la TV8 Mont-Blanc. Relayé par un administrateur du site envoiedugros.fr, le reportage (voir ci-dessous) a provoqué un ramdam et a permis par la même occasion au site de devenir un incontournable en pays de Savoie.

« Qui boit la gnôle casse la bagnole » (dicton savoyard)

Cet homme simple veut vous dire que le vrai remède contre le cholestérol, c’est pas un yaourt à la con, c’est la gnôle, la gnôle bien de chez nous. Surtout quand on mange un cochon de 300 kilos l’hiver. Vous l’aurez compris, la gnôle a une forte teneur en alcool, et c’est pour cela qu’il faut en boire modérément. En ce qui me concerne, j’apprécie à l’occasion quelques centilitres de cette boisson. J’aime me faire plaisir en savourant un bon vin ou une bonne bière de temps à autres, plutôt que de m’identifier aux coutumes des jeunes d’aujourd’hui, qui consistent à se mettre en état d’ébriété à chaque fin de semaine avec de la vodka bon marché vendu à un prix outrancié.