« Buy French » ou pourquoi il faut acheter local

Arnaud Montebourg prend la défense des produits fabriqués en France

La France est une destination touristique très prisée, aussi bien pour sa géographie que pour la richesse de son terroir. Autrefois, alors que la mondialisation était en pleine accélération, la France était également une puissance industrielle de pointe, réputée pour son savoir-faire et la qualité de ses produits. Dans certains domaines, elle avait même plusieurs années d’avance sur la concurrence, que ce soit dans le nucléaire, le train à grande vitesse, ou encore l’aéronautique avec le Concorde. Et pourtant, afin de niveler les prix vers le bas et d’augmenter les marges, des vagues de délocalisation ont été entreprises. Le consommateur désireux de s’équiper à moindre coût a suivi, tout comme le chômage. Malheureusement, il est de notoriété publique que les produits bons marchés sont de piètres qualités et ne durent pas.

Aujourd’hui, alors que mille personnes perdent leur emploi chaque jour dans l’hexagone, nos politiciens tentent d’inciter à faire machine arrière. Ainsi, il y a quelques mois, notre Ministre du redressement productif faisait la une du Parisien Magazine pour promouvoir les produits fabriqués sur le territoire français. Au-delà de cette mise en scène, plusieurs questions se posent : quels intérêts avons-nous à privilégier le Made in France ? Peut-on continuer à déplorer la dégradation de la situation économique du pays sans reconsidérer notre éthique de consommation ? Acheter local, est-ce que c’est vraiment réservé qu’aux riches ? Et à l’inverse, est-il envisageable de ne consommer que français ? Autant de questions dont cet article va s’efforcer d’apporter des réponses concrètes.

« Il faut considérer ses achats avec une vision à long terme »

Tout d’abord, on peut mettre en avant l’aspect économique. Acheter local, c’est contribuer de façon significative à la réduction du chômage en donnant du travailler à ses compatriotes (et à son voisin par la même occasion). Toutefois, il est vrai que les produits fabriqués en France ne sont pas synonymes de « bon marché ». Aussi, cela représente un certain coût à l’achat qui n’est à première vue pas forcément à la portée de toutes les bourses. Ainsi, il faut avant tout considérer ses achats avec une vision à long terme : si le coût parait peu abordable, le rapport qualité prix est à long terme très intéressant car il s’agit de produits conçus pour durer. A ce sujet, je vous recommande un excellent article sur le blog du Dr Goulu qui s’intitule L’obsolescence est-elle programmée ? et qui remet les choses à leur place.

D’autre part, nos agriculteurs (éleveurs et maraîchers) sont en détresse : -26% d’agriculteurs en 10 ans à cause des départs en retraite sans reprise, des changements de carrière et des nombreux suicides (un par jour actuellement). La majorité de l’effectif restant survit difficilement, avec un salaire loin de valoriser la quantité de travail fournie au quotidien. En l’état actuel des choses, seule la passion fait persévérer la plupart des agriculteurs. Et pourtant, l’agriculture est stratégiquement primordiale : elle nourrit le monde ! Et d’un autre côté, vous payez de plus en plus cher votre nourriture au supermarché du coin. La faute à qui ? Aux intermédiaires : du fournisseur au revendeur final en passant par les transporteurs qui pratiquent parfois des marges éhontées en persuadant du contraire. La solution serait de se procurer autant que possible son alimentation chez le producteur ou à défaut dans une coopérative de producteurs : vous mangez local et de saison, la traçabilité des produits est sans ambiguïté, il y a un consensus financier, vous établissez un lien de confiance avec le producteur et vous savez dans quelles conditions votre produit s’est développé avant de vous parvenir (demandez du bœuf et vous n’obtiendrez pas de la viande de cheval), vous rompez la solitude de l’agriculteur qui sera sans doute ravi de constater que l’on s’intéresse à son travail, vous réduisez les emballages et vous participez à l’entretien du paysage. Bref, la vente directe est donc une issue réalisable : l’agriculteur est enfin l’actionnaire de son propre labeur, et vous, vous mangez des produits de qualité en équilibrant votre budget.

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En outre, au motif économique s’ajoute le motif de sauvegarde des compétences. Valoriser l’économie française, c’est participer à la préservation de l’excellence de son savoir-faire. L’industrie du luxe ne s’y est pas trompée : après s’être laissé tenter par les délocalisations, elle s’est rapidement ravisée. Il ne faut pas que l’achat de biens produits en France soit le monopole des riches. Avec une concurrence mondialisée, il n’est pas souhaitable de se reposer sur ses acquis, il faut donc constamment investir en recherche et développement. Les derniers hauts fourneaux du pays (Florange par exemple) sont à conserver impérativement à mon sens, car ils représentent notre indépendance sidérurgique.

Venons-en maintenant au côté éthique de la chose. Régulièrement, on apprend que des catastrophes ont eu lieu dans les usines (dernièrement au Bangladesh), ou que l’absence de normes de sécurité rend les ouvriers malades. Ce sont ces mêmes personnes qui assemblent notre prochain téléphone portable ou fabriquent nos chaussettes, pour un prix dérisoire et des conditions de travail désastreuse, malgré quelques progrès ces dernières années. Face à cela, nous, consommateurs occidentaux, ne pouvons pas indéfiniment feindre l’ignorance. Dès lors, il faut agir en son âme et conscience et éviter autant que faire se peut les produits en provenance de ces pays émergents. En France, nos usines sont contrôlées et répondent à des normes sanitaires, sécuritaires et environnementales. Chaque salarié peut faire valoir ses droits (syndicats, conseil des prud’hommes, etc.) et dispose également de la protection sociale et d’un salaire minimum.

Enfin, le dernier aspect est l’aspect environnemental. N’est-il pas aberrant de faire voyager des marchandises sur des milliers de kilomètres alors qu’on peut la trouver à proximité (on peut citer l’exemple flagrant des moutons de Nouvelle-Zélande) ? Consommer des produits locaux permet de réduire la pollution et les coûts liés au transport. Il faut savoir que tôt ou tard, l’augmentation des coûts de transports et du coût de la vie dans les pays en développement nuiront à leur compétitivité et pourraient aboutir à terme à des relocalisations. A tout point de vue, c’est un modèle non viable voué à l’échec.

« Mieux consommer est plus facile grâce à Internet »

Soyons clair : ce billet n’est pas une plaidoirie en faveur d’un protectionnisme exacerbé ou d’un chauvinisme exagéré. Ce n’est pas l’orientation que j’ai voulu lui donner. Cependant, je pense qu’à un moment donné, il est difficile de s’apitoyer sur son sort en restant les bras croisés. Chacun a sa part de responsabilité. Je n’appelle pas à surconsommer comme un américain, et encore moins à vivre dans un pays autarcique (un échec à coup sûr), mais bien à faire preuve de bon sens et à rechercher une stabilité. Sur tous les fronts, il faut envisager les choses avec une vision long-termiste. Tout le monde ne pourra que mieux s’en porter.

Bien évidemment, il faut poursuivre les échanges internationaux en important les produits que l’on est incapable de produire nous-mêmes tels que le cacao, le café, le pétrole, l’uranium et autres technologies diverses et variés. Pour le reste, il est tout à fait possible de se contenter de notre propre production. Si les étals ne nous laissent que peu de choix quant à la provenance des articles, la tâche est beaucoup moins ardue depuis qu’Internet s’est démocratisé. On trouve de tout. De partout. A des prix très intéressants. Et à défaut, vous pouvez toujours vous intéresser au marché de l’occasion, où l’on peut faire d’excellentes affaires tout en prolongeant la vie d’un objet, ou vous essayer au jardinage.

Vous êtes le changement.

Image : Qu’est-ce que le label Origine France Garantie ?

La ferme de Penprat

 

J’ai découvert il y a quelques semaines ce reportage surréaliste en visitant le blog d’Eric de la Chesnais, et j’ai voulu à mon tour vous le faire partager. Pendant six minutes, il nous emmène en voyage dans une autre époque à la rencontre d’un personnage atypique, Jean-Bernard Huon à Riec-sur-Belon (Finistère). Ce paysan retraité vit en autarcie dans la ferme familiale, la ferme de Penprat, en utilisant les méthodes agricoles du passé.

« Pour labourer un hectare avec deux paires de bœufs, il faut presque trois jours et parcourir cinquante kilomètres »

Sa ferme n’a jamais vue l’ombre d’un tracteur. Elle a de quoi en surprendre plus d’un avec ses bêtes qui coulent des jours paisibles en liberté (« Je trouve que nos animaux sont plus heureux avec nous »), et les bœufs qui « labourent » à peine ses parcelles dépourvues de produits agrochimiques. Il faut reconnaître qu’il est difficile d’être plus écologique, même avec les meilleures solutions de l’agriculture actuelle. Quant à sa maison, elle repose sous un toit de chaume, et le sol de la pièce à vivre est encore fait de terre battue. Derrière le côté poétique que peut dégager cet endroit, il y a surtout la volonté pour le maître des lieux « de ne pas suivre le troupeau, jusqu’au bout« , et l’envie de faire perdurer les traditions.

Bref, à tout point de vue, Jean-Bernard Huon n’a pas cédé aux sirènes de la modernisation. S’il a été obligé un jour d’avoir le téléphone, l’unique moyen pour lui de s’informer de l’actualité reste le poste de radio qu’il met en route chaque matin en prenant son petit-déjeuner. Il ne se rend dans le bourg que deux fois dans l’année, et admet avoir été isolé à un moment donné, mais relativise : il a sûrement été « la brebis galeuse » du troupeau, mais a avant tout été « une brebis galeuse heureuse ». Et il ne regrette rien, affirmant être  » l’homme le plus heureux du monde » et nous n’avons pas de peine à le croire.

« La vie n’est pas une course, j’ai tout mon temps »

C’est ainsi que cet homme à contre-courant suscite la curiosité, en témoignant régulièrement dans les journaux et également dans un documentaire intitulé Les sillons de la liberté – Dernier paysan breton (2010) de René Duranton, qui l’a filmé dans son quotidien pendant quatre saisons. Naturellement, lorsqu’on a déjà entendu parler de Paul Bedel, on note des points communs dans leur vision du monde, leur façon de penser ou leur bonheur de vivre, mais on se rend bien compte que leur chemin a bifurqué à un moment donné.

Personnellement je ne soupçonnais pas l’existence de gens comme lui en France, je pensais qu’ils avaient disparu au siècle dernier dès l’avènement de la mécanisation agricole, ou qu’ils n’étaient plus de ce monde. Raté, des irréductibles résistent encore et toujours. Je ne sais pas vraiment quoi penser de ce mode de vie, je crois que l’essentiel c’est d’être heureux, ce que Paul Bedel comme Jean-Bernard Huon ont compris depuis longtemps. Quoi qu’il en soit, les générations futures d’agriculteurs qui travailleront sur ses terres pourront lui dire merci, car elles vont être formidablement bien préservées et entièrement opérationnelles.

Quelles sont vos impressions après avoir vu ce reportage ?

« 6 minutes avec un paysan breton. A l’ancienne »

Image : letelegramme.info ; photo-bretagne.fr

Le Tour de France, un évènement planétaire

Cet évènement sportif rassemble chaque année la population française sur le bord des routes et devant le petit écran, au moment où la chaleur estivale est à son comble. Fruit de la collaboration d’Henri Desgrange et du quotidien L’Auto (l’ancêtre du journal l’Équipe), cette compétition cycliste par étape a été créée en 1903. Le Tour de France est aujourd’hui retransmis dans près de 200 pays, ce qui confirme sa réputation et son caractère incontournable autour du monde. En 2013, nous fêterons sa centième édition, étant donné qu’il y a eu des interruptions à cause des grandes guerres du siècle dernier.

Souvent l’occasion d’une sortie en famille ou d’un bon moment en compagnie de ses voisins, c’est l’évènement qui réunit le plus de personnes en même temps avec le football, malgré des désillusions avec les scandales des affaires de dopage. En effet, on comprend qu’avaler au quotidien de longues distances sur un asphalte surchauffé à des vitesses moyennes vertigineuses ne peut que renforcer le doute concernant l’honnêteté de certains. Certes il y a désormais moins de monde qu’avant pour encourager au bord des routes, mais les téléspectateurs se sont davantage intéressés à ce qu’offraient les paysages de notre beau pays, pour « voyager à moindre coût » en quelque sorte. D’ailleurs, les caméras s’arrêtent généralement un instant sur l’histoire et le patrimoine des villes qui croisent la route du Tour, ce qui n’est évidemment pas pour déplaire. C’est une façon aussi pour les étrangers de se rendre compte que la richesse culturelle de la France ne se focalise pas sur Paris, mais s’étend bien à l’ensemble de son territoire.

Je suis sceptique par rapport au fait que le Tour commence ou passe par l’étranger. Je pense que longer les frontières par l’extérieur est concevable pour quelques étapes, mais commencer trop loin et traverser d’autres pays est incohérent. Il s’agit du Tour de France et non du Tour d’Europe. Hormis cela, l’édition 2010 était à mes yeux plus captivante que les dernières éditions car on a eu droit à plusieurs affrontements plus intéressants que d’habitude. Croisons les doigts pour que les coureurs veuillent bien remettre cela cette année, le parcours y semble favorable.

Enfin, le Tour de France est diffusé sur les chaines du service public et c’est une très bonne chose. J’avais déjà eu l’occasion dans l’article Rendez-Vous en Terre Inconnue de faire mes éloges de France Télévisions pour ce genre de programme, je me permets donc de les réitérer.

Du 2 au 24 Juillet, vous pourrez également suivre la compétition sur le site officiel (letour.fr), ainsi que sur Facebook et Twitter.

Extrait du « Tour de France 1947 : de Bordeaux à Paris ». ©INA