Agriculture
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La ferme de Penprat
5/08/11
J’ai découvert il y a quelques semaines ce reportage surréaliste en visitant le blog d’Eric de la Chesnais, et j’ai voulu à mon tour vous le faire partager. Pendant six minutes, il nous emmène en voyage dans une autre époque à la rencontre d’un personnage atypique, Jean-Bernard Huon à Riec-sur-Belon (Finistère). Ce paysan retraité vit en autarcie dans la ferme familiale, la ferme de Penprat, en utilisant les méthodes agricoles du passé.
« Pour labourer un hectare avec deux paires de bœufs, il faut presque trois jours et parcourir cinquante kilomètres »
Sa ferme n’a jamais vue l’ombre d’un tracteur. Elle a de quoi en surprendre plus d’un avec ses bêtes qui coulent des jours paisibles en liberté (« Je trouve que nos animaux sont plus heureux avec nous »), et les bœufs qui « labourent » à peine ses parcelles dépourvues de produits agrochimiques. Il faut reconnaître qu’il est difficile d’être plus écologique, même avec les meilleures solutions de l’agriculture actuelle. Quant à sa maison, elle repose sous un toit de chaume, et le sol de la pièce à vivre est encore fait de terre battue. Derrière le côté poétique que peut dégager cet endroit, il y a surtout la volonté pour le maître des lieux « de ne pas suivre le troupeau, jusqu’au bout« , et l’envie de faire perdurer les traditions.
Bref, à tout point de vue, Jean-Bernard Huon n’a pas cédé aux sirènes de la modernisation. S’il a été obligé un jour d’avoir le téléphone, l’unique moyen pour lui de s’informer de l’actualité reste le poste de radio qu’il met en route chaque matin en prenant son petit-déjeuner. Il ne se rend dans le bourg que deux fois dans l’année, et admet avoir été isolé à un moment donné, mais relativise : il a sûrement été « la brebis galeuse » du troupeau, mais a avant tout été « une brebis galeuse heureuse ». Et il ne regrette rien, affirmant être » l’homme le plus heureux du monde » et nous n’avons pas de peine à le croire.
« La vie n’est pas une course, j’ai tout mon temps »
C’est ainsi que cet homme à contre-courant suscite la curiosité, en témoignant régulièrement dans les journaux et également dans un documentaire intitulé Les sillons de la liberté – Dernier paysan breton (2010) de René Duranton, qui l’a filmé dans son quotidien pendant quatre saisons. Naturellement, lorsqu’on a déjà entendu parler de Paul Bedel, on note des points communs dans leur vision du monde, leur façon de penser ou leur bonheur de vivre, mais on se rend bien compte que leur chemin a bifurqué à un moment donné.
Personnellement je ne soupçonnais pas l’existence de gens comme lui en France, je pensais qu’ils avaient disparu au siècle dernier dès l’avènement de la mécanisation agricole, ou qu’ils n’étaient plus de ce monde. Raté, des irréductibles résistent encore et toujours. Je ne sais pas vraiment quoi penser de ce mode de vie, je crois que l’essentiel c’est d’être heureux, ce que Paul Bedel comme Jean-Bernard Huon ont compris depuis longtemps. Quoi qu’il en soit, les générations futures d’agriculteurs qui travailleront sur ses terres pourront lui dire merci, car elles vont être formidablement bien préservées et entièrement opérationnelles.
Quelles sont vos impressions après avoir vu ce reportage ?
6 minutes avec un paysan breton. A l’ancienne.
Image : letelegramme.info ; photo-bretagne.fr
Paul Bedel, un paysan normand ancré dans le patrimoine
24/04/11
Paul Bedel. Ce nom ne vous évoque sans doute rien, et pourtant. Aujourd’hui retraité, la vie de cet agriculteur a basculée lorsque les caméras de Rémi Maugier sont venues à sa rencontre en 2005 pour le suivre dans sa dernière année d’activité. L’objectif initial était de produire le documentaire « Paul dans sa vie » pour France 3. Après sa diffusion, de nombreuses récompenses ont incitées le réalisateur normand à proposer le film au cinéma, où l’accueil fut très bon car il a été vu plusieurs dizaines de milliers de fois. Dès lors, Paul a reçu une quantité impressionnante de personnes qui ont été touchées par son histoire, et qui ont ressenti le besoin d’aller à sa rencontre.
« T’es comme tout le monde, tu dois me trouver folklorique, mais moi je ne suis pas dans le folklore, je suis dans ma vie. »
Auderville, Cap de la Hague, un matin d’hiver. Paul nourrit ses vaches dans un champ : le décor est planté. A 70 ans passés, Paul a décidé que cette année de labeur serait la dernière, plus de quarante ans après avoir repris l’affaire familiale. En apprenant cela, Rémi Maugier, un enfant du pays déjà à l’origine d’Atomes Crochus a saisi l’occasion pour en faire un documentaire dont l’histoire se déroulerait sur une année. De quoi s’intéresser aux activités qui rythment la vie de l’agriculteur au fil des quatre saisons.
Ce modeste homme de la terre (et de la mer) vit depuis toujours dans la maison familiale, en compagnie de ses deux sœurs, Françoise et Marie-Jeanne. En se laissant filmer quelques jours par mois, il prendra le temps de se confier. Il expliquera pourquoi il a préféré rester à travailler dans sa ferme alors qu’il aurait pu aller travailler comme tout le monde à l’usine de retraitement nucléaire, mais aussi pourquoi il n’a pas cédé aux sirènes de la modernité.
Il travaille ses champs avec des outils datant des débuts de la mécanisation agricole, qu’il a acquis dès qu’il en avait les moyens pour « s’économiser de la peine » sans toutefois chercher à produire plus. Même raisonnement pour son beurre, dont la qualité n’est plus à prouver dans la région. En vérité, la seule chose dont il aimerait consommer plus, c’est le homard, la pêche étant sa seconde passion. Tout ce qu’il fait au quotidien sur sa ferme, il le note soigneusement dans ses carnets, qu’il tient depuis ses débuts de chef d’exploitation. Y compris pour la météo, où « le beau temps pour un agriculteur, c’est lorsqu’il pleut » . La présence plus ou moins ponctuelle de Fabrice, un jeune du patelin, jouera le rôle de lien intergénérationnel. Paul lui transmettra quelques ficelles fondamentales de son métier.
A la fin du film, Paul s’est séparé de ses dernières vaches, un moment très difficile pour lui selon Rémi Maugier. Un chapitre se referme. Un autre s’ouvre avec la sortie du film, dont le succès permettra de retrouver le héros dans deux livres : Paul dans les pas du père et Testament d’un paysan en voie de disparition en collaboration avec Catherine Ecole-Boivin.
« Bio est un mot inventé, moi je suis un agriculteur tel quel, sans rien d’ajouté. »
Avec Paul dans sa vie, on avait rencontré un homme humble, bon vivant, authentique, poète et philosophe. A présent, on découvre Paul en RTO, pour « Retraite Très Occupée » comme il le définit si bien. Son film l’a amené à faire de nombreuses choses exceptionnelles, à commencer par donner des conférences dans les cinémas, participer à la fête nationale à l’Élysée en 2007, visiter l’usine de retraitement de la Hague, ou encore dédicacer les livres où il raconte d’autres épisodes de sa vie.
Dans le premier ouvrage, Paul dans les pas du père (2007), les mémoires de notre protagoniste sont couchées sur papier, sous la plume de Catherine École-Boivin. Ici encore, on a un beau témoignage entrecoupé par des photos souvenirs recueillies tout au long de son existence. On découvre sa famille, ses joies ou ses peines, les grandes lignes.
A l’automne 2009 est paru le second livre, Testament d’un paysan en voie de disparition, roman écrit à la première personne. Au cours des 250 pages, il livrera de nombreuses anecdotes amusantes, se confiera sur ses déceptions, la seconde guerre mondiale qui a marqué les esprits, son destin qui l’a rattrapé, ses réflexions, la pêche, ses activités de retraités. Paul prend le temps de réfléchir sur le monde, sans jamais donner de leçons. Il était loin de s’imaginer qu’un jour son histoire intéresserait tant de monde, lui qui avait le sentiment que sa vie n’avait servie à rien. Il ne se dit pas contre la modernité, mais a très bien vécut sans, en se contentant de peu : « je suis heureux avec rien, avec rien de ce qui s’achète mais aussi avec rien de ce qui se voit, je suis heureux dans ma vie qu’on m’a donnée » .
Bien qu’ayant préféré le second au premier, car le point de vue est celui de Paul, ce sont là deux livres intéressants où l’on retrouve avec bonheur notre fameux agriculteur normand. Œuvres incontournables si vous avez apprécié Paul dans sa Vie.
« Je pensais que ma vie n’avait servi à rien, que personne, plus jamais personne ne se souviendrait de la culture naturelle. »
Malgré l’engouement qu’il a suscité, Paul a su rester fidèle à ses valeurs. Il en parle d’ailleurs dans le chapitre « Alors, t’es devenu riche ? » dans Testament d’un paysan en voie de disparition. Il n’a rien d’un illuminé ou de « l’idiot du village » comme on le voyait d’antan, mais a tous les traits d’un être d’exception. C’est un grand homme amoureux de son métier et de la nature, qui ne vous laissera pas indifférent. Dès le début de l’aventure, il a joué le jeu pour finalement livrer un témoignage touchant, d’une certaine importance pour la mémoire d’une époque révolue.
Paul dans sa vie, accompagné par une très belle musique des Frères Nardan, est un film captivant, qui ne laisse guère de place à l’ennui. C’est le genre de témoignage qui remet les pieds sur terre de temps en temps, et qui est susceptible de nous faire poser des questions sur nous-même. A voir, faire voir et conserver soigneusement.
Je suis moi-même très proche du monde de l’agriculture, j’ai naturellement compris pourquoi il était bien dans cette vie. Je suis fier que mon pays compte des gens consciencieux et lucides comme lui. J’ai beaucoup de chance que son histoire soit parvenue jusqu’à moi, elle fait beaucoup de bien dans un monde qui ne sait plus vraiment où il en est. Enfin, je pense qu’il faut garder à l’idée que parmi « les plus petits » se cachent des gens fantastiques.
« Ce qui m’est arrivé, c’est des trucs qui n’arrivent qu’aux vivants » . Effectivement.
Bravo à Rémi Maugier pour son travail de mémoire et un énorme merci pour votre précieux témoignage, Paul.
Le coffre-fort de l’apocalypse
4/03/11
Svalbard Global Seed Vault, cette chambre forte ouverte il y a maintenant trois ans se situe aux confins de la Norvège, sur une île de l’archipel du Svalbard. A l’initiative du gouvernement norvégien qui aura dépensé 5,5 millions d’euros pour sa construction, elle est censée résister aux pires catastrophes envisageables, à l’abri de la montée des eaux et des bombes nucléaires. L’idée est d’anticiper une catastrophe épouvantable sur Terre si elle venait à se produire, et de contrer les pertes subies dans les autres banques aux quatre coins du monde pour préserver notre biodiversité. Le bâtiment, alimenté en énergie grâce au charbon, est maintenu en permanence à des températures qui oscillent entre -20 et -30°C. Au cas où le système de refroidissement serait défaillant, la chambre forte a été creusée profondément de telle sorte que le milieu naturel composé essentiellement de pergélisol (sous-sol gelé en permanence), pourrait compenser.
Mais cela n’est pas sans susciter quelques questions : les graines seront-elles garanties sans organismes génétiquement modifiés ? Seront-elles capables de résister des centaines d’années ? Pourront-elles supporter les différences climatiques éventuelles entre aujourd’hui et le moment de leur utilisation ? Seront-elles toujours aussi vigoureuses à leur dégel ?
La Global Crop Diversity Trust, organisation créée en 2006 par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture et Bioversity International, a été désignée pour collecter les semences et maintenir le dépôt. Si une espèce venait à disparaître, alors les organisations qui l’on déposée pourraient la récupérer, car ils en demeurent les propriétaires.
« Si vous contrôlez le pétrole, vous contrôlez le pays, mais si vous contrôlez les semences, vous contrôlez l’alimentation. Et celui qui contrôle l’alimentation tient la population en son pouvoir. » (Henry Kissinger)
En soit, si l’initiative semble louable, elle est pourtant controversée, notamment dans cet article paru dans le magazine La Planète laboratoire « En Arctique, le bunker à semences du Grand Cataclysme ou pourquoi Bill Gates, Rockefeller et les géants des OGM savent quelque chose de plus que nous » (p.11). On est donc tout à fait en droit de s’interroger sur les véritable motivations du projet et de ses financeurs. Je vous invite vivement à le lire et à en débattre.
A lire : Semencespaysannes.org ; La Planète Laboratoire ; Les Echos ; Blueman.
Cet article est basé sur un débat commencé sur Facebook à la fin de l’été dernier.
La permaculture, un véritable développement durable
24/01/11
« La permaculture est une science systémique qui a pour but la conception, la planification et la réalisation de sociétés humaines écologiquement soutenables, socialement équitables et économiquement viables. Elle se base sur une éthique dont découlent des principes et des techniques permettant une intégration des activités humaines avec les écosystèmes. » (Wikipedia)
A l’époque, un membre de la page Agriculture Biologique avait fait un lien vers ce documentaire, que j’avais alors relayé. Si vous l’avez manqué, je vous invite à le découvrir (ou redécouvrir), car en plus d’être intéressant et instructif, il est vecteur d’espoir. C’est une harmonie complète avec la nature que nous retrouvons à travers ce documentaire, et le mandala ci-dessus qui rappelle les valeurs de la permaculture. J’ignore s’il est possible d’appliquer ces méthodes à très grande échelle, mais de toute évidence, c’est un modèle à suivre de plus près.
Quel est votre position par rapport à la permaculture ? Qu’avez-vous pensé de documentaire ?
["Permaculture - le véritable développement durable" - 37']








